LA NATION

À un an des municipales, les partis fourbissent leurs listes dans les grandes villes de province

De Moundou à Abéché, les états-majors locaux entament la constitution de leurs listes pour les élections municipales, dans un climat de compétition inhabituellement ouvert.

CR
Publié le 26 août 2026 · 3 min de lecture
Une réunion de section locale d'un parti politique, dans un quartier de Moundou, en vue des prochaines municipales.

Dans les locaux exigus d'une permanence de quartier à Moundou, une dizaine de militants passent en revue, ce mardi soir, une liste de noms griffonnés au tableau. À un peu plus d'un an du scrutin municipal, la course aux investitures a commencé bien avant l'ouverture officielle des candidatures, et elle se joue déjà à fleurets à peine mouchetés entre courants d'un même parti autant qu'entre formations rivales.

Une réunion de section locale d'un parti politique, dans un quartier de Moundou, en vue des prochaines municipales.

La capitale économique du pays, deuxième ville par la population, concentre une attention particulière : sa mairie, disputée lors du précédent scrutin à quelques centaines de voix près, est considérée par plusieurs partis comme un baromètre de leur implantation réelle en dehors de N'Djamena. « Ce qui se joue à Moundou dépasse Moundou, c'est un test de crédibilité pour toute une génération de cadres locaux », observe la politologue Amina Souleymane Brahim, qui suit le dossier depuis la capitale économique.

Des candidatures plus jeunes, mais des financements incertains

Signe des temps, plusieurs sections locales ont choisi de renouveler sensiblement leurs têtes de liste, en misant sur des candidats de moins de quarante ans, souvent issus du monde associatif ou de l'entrepreneuriat local plutôt que des rangs traditionnels des partis. À Abéché, l'un de ces prétendants, Idriss Hassan Youssouf, ancien responsable d'une coopérative agricole, explique vouloir « parler de gestion des marchés et de collecte des ordures plutôt que de grands discours nationaux », un positionnement qu'il veut décliner jusque dans sa campagne de proximité, quartier par quartier.

« Ce qui se joue à Moundou dépasse Moundou, c'est un test de crédibilité pour toute une génération de cadres locaux. »

Mais cet élan de renouvellement se heurte à une réalité plus prosaïque : le financement des campagnes locales, largement laissé à la charge des candidats eux-mêmes en l'absence d'un dispositif public substantiel de soutien aux municipales. Plusieurs responsables de section reconnaissent, sous couvert d'anonymat, que la capacité à mobiliser des soutiens financiers pèse autant, sinon davantage, que la popularité locale dans le choix final des têtes de liste.

Du côté de la Commission électorale, on affirme travailler à la révision des listes électorales dans les grandes agglomérations, où la croissance démographique rapide complique le recensement. Un responsable régional de la commission, joint à Sarh, indique que les opérations de mise à jour devraient s'achever avant la fin de l'année, avec un accent mis sur les quartiers périphériques récemment loties, souvent sous-représentés dans les fichiers existants.

Une opposition locale en quête de coalitions

Sur le terrain, plusieurs petites formations d'opposition, trop modestes pour espérer une victoire isolée dans la plupart des communes, explorent des alliances municipales ponctuelles, ville par ville, plutôt qu'un accord national. Cette stratégie de coalitions locales, déjà éprouvée lors du précédent cycle électoral dans quelques communes du Logone occidental, permettrait selon ses partisans de peser davantage sur la composition des conseils municipaux sans attendre un hypothétique rassemblement national de l'opposition.

Reste que ces tractations restent, pour l'instant, largement informelles. Aucun accord de coalition n'a été officiellement annoncé, et plusieurs candidats potentiels disent attendre la clôture des investitures internes avant de se positionner publiquement. Dans les états-majors, on se garde d'ailleurs de communiquer trop tôt, de peur de figer des équilibres encore mouvants à un an du scrutin.

Cette phase préparatoire s'accompagne aussi d'un travail moins visible de constitution de fichiers électoraux locaux, section par section, dans un contexte où la mobilité résidentielle des jeunes actifs entre quartiers rend le recensement particulièrement délicat. Plusieurs cadres de partis reconnaissent y consacrer désormais autant d'énergie qu'à la sélection des candidats eux-mêmes, conscients qu'une liste bien composée ne suffit pas si les électeurs favorables ne sont pas correctement inscrits sur les listes de leur bureau de vote.

D'ici là, c'est surtout un travail de terrain, discret et méthodique, qui occupe les militants : recensement des besoins de quartier, réunions de doléances, premières tournées de popotins électoraux. Une campagne qui, à Moundou comme à Abéché, a déjà commencé sans en porter le nom.

CR
Camille Royer
Cheffe du service Politique

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