Dans le Ouaddaï, l'afflux de déplacés venus de l'est met les capacités d'accueil sous tension
Les structures d'accueil de la région d'Abéché peinent à absorber l'arrivée continue de familles fuyant des violences transfrontalières, selon les organisations humanitaires présentes sur place.
Sous les tentes de fortune dressées en périphérie d'Abéché, les familles arrivent encore, presque chaque jour, avec le peu de biens qu'elles ont pu emporter. Depuis plusieurs semaines, la région du Ouaddaï fait face à un afflux continu de personnes déplacées, fuyant des violences transfrontalières dans une zone frontalière où la situation sécuritaire reste, selon les organisations humanitaires présentes sur place, particulièrement volatile.
Selon les derniers chiffres communiqués par les autorités locales en coordination avec les agences humanitaires, plusieurs dizaines de milliers de personnes seraient arrivées dans la région depuis le début de l'année, s'ajoutant à une population déjà déplacée par des vagues antérieures. Une pression démographique soudaine qui met à l'épreuve des infrastructures locales déjà fragiles, en particulier l'accès à l'eau potable et aux soins de santé primaires.
Des structures d'accueil au bord de la saturation
« Nous recevons parfois plus de familles en une semaine que ce que nos capacités de distribution alimentaire permettent d'absorber en un mois », explique Mariam Idriss Ahmat, responsable locale d'une organisation d'aide humanitaire active dans la zone depuis plusieurs années. Les centres de santé de la région, déjà sous-dotés en personnel médical avant cette nouvelle vague d'arrivées, signalent une hausse marquée des consultations, en particulier pour des cas de malnutrition infantile et des pathologies liées à la promiscuité dans les campements improvisés.
« Nous recevons parfois plus de familles en une semaine que ce que nos capacités de distribution alimentaire permettent d'absorber en un mois. »
Les autorités locales, en lien avec les services du ministère de l'Action sociale, ont ouvert deux sites d'accueil supplémentaires ces dernières semaines, mais la construction d'abris durables peine à suivre le rythme des arrivées. Plusieurs responsables locaux plaident pour un déblocage rapide de financements internationaux supplémentaires, estimant que la réponse actuelle reste calibrée pour une crise de moindre ampleur que celle observée sur le terrain.
Une pression aussi sur les communautés d'accueil
Au-delà des seules structures humanitaires, c'est l'équilibre avec les communautés locales qui préoccupe les autorités provinciales. Dans plusieurs villages proches des campements, des tensions ponctuelles ont été rapportées autour de l'accès aux points d'eau et aux terres de pâturage, partagées entre populations déplacées et habitants historiques de la zone. Un comité de médiation locale, associant chefs traditionnels et représentants des déplacés, a été mis en place pour désamorcer ces différends avant qu'ils ne dégénèrent.
- Plusieurs dizaines de milliers de nouveaux déplacés recensés depuis le début de l'année
- Deux nouveaux sites d'accueil ouverts en périphérie d'Abéché
- Hausse marquée des cas de malnutrition infantile signalée dans les centres de santé
- Mise en place d'un comité de médiation avec les communautés d'accueil
Sur le plan diplomatique, la question de ces déplacements transfrontaliers a été évoquée lors de contacts entre responsables chadiens et représentants d'organisations régionales, sans qu'un mécanisme de coordination formel n'ait pour l'instant été annoncé. Plusieurs diplomates en poste à N'Djamena, interrogés sous couvert d'anonymat, estiment qu'une réponse durable suppose une stabilisation de la situation sécuritaire à l'origine des départs, hors de portée d'une réponse strictement humanitaire.
Les écoles de la région ressentent elles aussi la pression de cet afflux. Plusieurs établissements primaires d'Abéché ont vu leurs effectifs augmenter de manière significative en quelques semaines, sans renfort correspondant en enseignants, contraignant certaines classes à fonctionner en double vacation. Le ministère de l'Éducation nationale a annoncé l'envoi prochain d'un contingent d'enseignants volontaires supplémentaires, sans toutefois préciser de date ferme pour leur arrivée effective sur le terrain.
En attendant, ce sont les organisations locales, souvent en première ligne avec des moyens limités, qui continuent d'assurer l'essentiel de la réponse quotidienne. « On tient, mais on ne sait pas combien de temps on pourra tenir sans un soutien renforcé », résume, fataliste, Mariam Idriss Ahmat, en désignant du regard les nouvelles tentes qui s'alignent en périphérie du camp.