Sommet régional sur le bassin du lac Tchad : les États riverains cherchent une réponse commune à l'insécurité
Réunis à N'Djamena, les chefs de la diplomatie des pays riverains du lac Tchad ont discuté du renforcement de la force conjointe et du financement des zones sinistrées par l'assèchement du lac.
Les drapeaux des quatre pays riverains du lac Tchad flottaient côte à côte, mercredi, devant le centre de conférences de N'Djamena, où s'est tenu un sommet régional consacré à la sécurité et au développement du bassin lacustre. Ministres des Affaires étrangères et chefs d'état-major se sont retrouvés pour évaluer le fonctionnement de la force multinationale mixte chargée de la lutte contre les groupes armés qui continuent d'opérer dans certaines zones insulaires et riveraines du lac.
Selon plusieurs délégations présentes, les discussions ont porté sur trois axes principaux : le partage du renseignement entre états-majors nationaux, le financement de la force conjointe, dont plusieurs contingents peinent à obtenir les équipements promis, et l'articulation entre opérations militaires et programmes civils de stabilisation dans les zones reprises aux groupes armés.
Un financement toujours jugé insuffisant
Le secrétaire exécutif de la commission chargée de la coordination régionale a dressé, en ouverture des travaux, un bilan contrasté. Si le nombre d'incidents sécuritaires recensés dans le bassin a diminué par rapport aux années précédentes selon les chiffres présentés, plusieurs zones insulaires du lac restent, selon ses termes, « sous la menace de résurgences localisées », en particulier lors de la saison sèche, lorsque le retrait des eaux facilite les déplacements des groupes armés entre îlots.
« Nous avons besoin d'un financement prévisible, pas d'annonces ponctuelles qui s'essoufflent après quelques mois », a déclaré un haut responsable militaire régional lors des travaux.
La question du financement a occupé une large part des échanges. Plusieurs délégations ont plaidé pour la création d'un mécanisme de contribution obligatoire des États membres, calculé sur une base démographique et économique, afin de sortir d'une dépendance jugée excessive aux financements extérieurs ponctuels, souvent liés à des cycles de programmation qui ne correspondent pas toujours aux besoins opérationnels du terrain.
L'assèchement du lac, un enjeu de sécurité à part entière
Au-delà du volet strictement militaire, le sommet a consacré une session entière à la dimension environnementale de la crise du bassin. Le recul de la surface du lac Tchad, documenté depuis plusieurs décennies par les agences régionales de gestion de l'eau, continue de fragiliser les moyens de subsistance de plusieurs millions de riverains vivant de la pêche, de l'agriculture irriguée et de l'élevage, une précarité économique que plusieurs experts en sécurité présents au sommet considèrent comme un terreau propice au recrutement par les groupes armés.
- Baisse du nombre d'incidents sécuritaires recensés, mais persistance de zones à risque
- Appel à un mécanisme de financement pérenne de la force multinationale mixte
- Renforcement annoncé du partage de renseignement entre états-majors nationaux
- Nouvel accent mis sur les programmes civils dans les zones stabilisées
- Session dédiée à l'impact de l'assèchement du lac sur la sécurité régionale
Plusieurs ONG présentes en marge du sommet, invitées à une session de consultation avec les délégations officielles, ont insisté sur la nécessité de mieux associer les communautés riveraines elles-mêmes à la conception des programmes de stabilisation, estimant que des initiatives conçues depuis les capitales échouent souvent à répondre aux besoins concrets exprimés localement, qu'il s'agisse de forages, de pistes rurales ou de marchés de bétail sécurisés.
Certaines délégations ont par ailleurs évoqué, en marge des sessions plénières, la possibilité d'élargir à terme le mandat de la force conjointe à des missions de sécurisation des routes commerciales reliant les rives du lac aux principaux marchés régionaux, une extension qui nécessiterait toutefois une révision du cadre juridique actuel de la force, encore à l'étude au niveau technique avant toute décision politique formelle des chefs d'État concernés.
À l'issue des travaux, une déclaration commune a été adoptée, réaffirmant l'engagement des quatre pays à maintenir la force multinationale mixte et à explorer de nouvelles sources de financement régional. Sa mise en œuvre concrète, comme celle des précédentes déclarations similaires, dépendra toutefois largement de la capacité des États concernés à honorer, dans les mois qui viennent, les engagements financiers pris ce mercredi à N'Djamena.
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