Le pagne tissé de Moundou séduit une nouvelle génération de créateurs
Longtemps réservé aux cérémonies, le tissage traditionnel du pagne connaît un regain d'intérêt porté par de jeunes stylistes qui le réinventent pour la mode urbaine.
Dans un quartier artisanal de Moundou, le cliquetis régulier des métiers à tisser rythme les journées d'une dizaine de tisserands qui perpétuent un savoir-faire transmis depuis plusieurs générations : le tissage du pagne en bandes de coton, cousues ensuite les unes aux autres pour former de larges pièces d'étoffe aux motifs géométriques. Longtemps réservé aux grandes cérémonies — mariages, funérailles, fêtes religieuses — ce tissu traditionnel connaît depuis peu un regain d'intérêt inattendu, porté cette fois par de jeunes créateurs de mode de N'Djamena et de Moundou.
Le pagne tissé à la main se distingue nettement des tissus imprimés industriellement, importés en grande quantité et vendus à bas coût sur les marchés du pays. Sa fabrication reste lente — plusieurs jours de travail pour une seule bande de tissu — et exige une maîtrise technique précise pour aligner les motifs entre chaque bande cousue. Cette lenteur, longtemps perçue comme un handicap économique face à la concurrence des tissus importés, est aujourd'hui revendiquée par une nouvelle génération de créateurs comme un gage d'authenticité et de qualité.
De la cérémonie au défilé
« Ce tissu raconte quelque chose que le tissu imprimé ne raconte pas : le temps qu'on y a mis, la main qui l'a fait », explique une jeune styliste de N'Djamena qui a intégré des pièces de pagne tissé de Moundou dans sa dernière collection, présentée lors d'un défilé organisé dans un hôtel de la capitale.
Le doyen des tisserands de l'atelier, qui a appris le métier de son propre père il y a plus de trente ans, se souvient d'une époque où chaque famille de la région possédait au moins un métier à tisser, et où apprendre à manier la navette faisait partie de l'éducation de tout jeune homme du quartier. Il observe aujourd'hui, non sans une pointe de fierté mêlée d'étonnement, des clientes de la capitale venir spécialement à Moundou pour choisir elles-mêmes leurs motifs, discutant des heures durant de la largeur des bandes et de l'agencement des couleurs comme elles le feraient chez un couturier de renom. Ce regain d'attention, dit-il, ne remplace pas la vente régulière aux familles du cru pour les cérémonies, mais il lui donne une raison supplémentaire de continuer à former de jeunes apprentis.
Cette collaboration entre tisserands traditionnels et jeunes stylistes urbains reste encore modeste en volume, mais elle a permis à plusieurs ateliers de Moundou de diversifier leurs débouchés, jusque-là essentiellement limités à une clientèle locale achetant pour des occasions cérémonielles précises. Certains tisserands rapportent désormais des commandes régulières venues de la capitale, un changement notable pour une activité qui, il y a encore quelques années, semblait vouée à un déclin progressif face à la concurrence des textiles importés.
Des défis qui restent entiers
Cette embellie reste toutefois fragile. Le coton utilisé par les tisserands est parfois difficile à trouver en quantité et en qualité constante, les métiers à tisser eux-mêmes vieillissent sans que leur remplacement soit toujours financièrement accessible, et la transmission du métier aux plus jeunes reste incertaine dans un contexte où beaucoup préfèrent chercher un emploi salarié plutôt que d'apprendre un artisanat perçu comme peu rémunérateur à court terme.
- Plusieurs jours de travail sont nécessaires pour tisser une seule bande de pagne traditionnel.
- Une dizaine de tisserands actifs dans l'atelier artisanal visité à Moundou.
- Des commandes désormais régulières en provenance de jeunes créateurs de mode de N'Djamena.
Pour l'instant, cette rencontre entre tradition textile et mode urbaine reste un phénomène de niche, loin de renverser la domination des tissus importés sur le marché national. Mais elle offre aux tisserands de Moundou quelque chose qu'ils n'avaient plus depuis longtemps : la perspective que leur savoir-faire, plutôt que de s'éteindre avec leur génération, puisse séduire, sous une forme renouvelée, les Tchadiens les plus jeunes.