Un club d'astronomie amateur profite des ciels dégagés du Kanem pour observer les étoiles loin de la pollution lumineuse
Une poignée de passionnés organise régulièrement des soirées d'observation dans le nord du pays, où l'absence quasi totale d'éclairage artificiel offre des conditions rares pour scruter le ciel nocturne.
À la nuit tombée, à quelques kilomètres d'un village du Kanem, une dizaine de silhouettes s'affairent autour de deux télescopes montés sur trépied. Membres d'un club d'astronomie amateur basé à N'Djamena, ils ont fait plusieurs heures de route pour profiter d'un ciel qu'ils jugent parmi les plus propices à l'observation dans toute la sous-région : loin de tout éclairage urbain, la voie lactée y apparaît à l'œil nu comme une large bande laiteuse traversant le ciel d'est en ouest.
Le club, fondé il y a une dizaine d'années par un petit groupe d'enseignants de sciences physiques, compte aujourd'hui une trentaine de membres actifs, du lycéen passionné à l'ingénieur retraité, réunis par le même goût pour l'observation céleste. Faute d'observatoire professionnel dans le pays, ses membres s'organisent avec du matériel personnel, souvent acquis à l'étranger à prix d'or et rapatrié pièce par pièce, tant l'importation d'instruments optiques spécialisés reste compliquée et coûteuse.
Un ciel exceptionnel, encore largement méconnu
Les responsables du club estiment que plusieurs zones du nord et de l'est du pays, très faiblement peuplées et quasiment dépourvues d'éclairage public, offrent des conditions d'observation comparables à celles recherchées par les astronomes professionnels pour l'implantation de grands télescopes ailleurs dans le monde : air sec, faible nébulosité une grande partie de l'année, et surtout absence quasi totale de pollution lumineuse.
« On a un potentiel énorme qui ne demande qu'à être exploité. Ici, on voit des choses que la plupart des astronomes amateurs, même en Europe, ne verront jamais depuis chez eux », s'enthousiasme Ahmat Youssouf Kori, l'un des fondateurs du club, en réglant la mise au point de son télescope sur Saturne.
Lors de leurs sorties, les membres du club profitent de la présence d'habitants curieux, attirés par les instruments installés en pleine campagne, pour organiser de courtes séances de découverte improvisées : observation de la Lune, de Jupiter et de ses principaux satellites, ou explications simples sur les constellations visibles à l'œil nu. Ces échanges spontanés avec les populations locales, souvent leur première expérience d'observation au télescope, comptent parmi les moments préférés des membres du club.
Le rêve d'un vrai site d'observation
Le club caresse depuis plusieurs années le projet, encore informel, d'un site d'observation permanent dans le nord du pays, doté d'un abri simple pour protéger le matériel des tempêtes de sable et permettre des campagnes d'observation plus longues, notamment lors d'événements astronomiques rares comme les éclipses ou le passage de certaines comètes. Un tel projet suppose toutefois des financements que le club, qui fonctionne aujourd'hui uniquement sur les cotisations de ses membres, ne possède pas encore.
En attendant, les sorties continuent au rythme des finances et des disponibilités de chacun, en général une à deux fois par trimestre. Les membres du club espèrent surtout, à travers ces soirées, susciter des vocations scientifiques chez les jeunes des villages visités, dont certains n'avaient jamais eu l'occasion de regarder le ciel autrement qu'à l'œil nu avant de coller leur regard dans l'oculaire d'un télescope pour la première fois.
Des ateliers dans les établissements scolaires
Au-delà des soirées d'observation en pleine campagne, le club intervient également, à un rythme plus régulier, dans plusieurs établissements scolaires de N'Djamena, où ses membres animent bénévolement des ateliers d'initiation à l'astronomie destinés aux classes de sciences physiques. Ces interventions, souvent limitées par le manque de matériel disponible en nombre suffisant pour des classes entières, reposent essentiellement sur des maquettes simples et des projections, faute de pouvoir emmener systématiquement les élèves observer le ciel loin de la pollution lumineuse de la capitale.
Plusieurs enseignants ayant accueilli ces ateliers rapportent un engouement inhabituel de la part des élèves, y compris ceux habituellement peu portés vers les matières scientifiques, et souhaiteraient voir ce type d'intervention se généraliser à d'autres établissements. Le club, conscient de cette demande croissante, cherche actuellement à former de nouveaux animateurs bénévoles parmi ses membres les plus expérimentés, afin de pouvoir répondre à un nombre croissant de sollicitations sans épuiser sa poignée de volontaires les plus actifs.