Un jeune ingénieur de Sarh conçoit une pompe solaire à bas coût pour les petits maraîchers
Assemblée à partir de matériaux en partie récupérés, cette pompe alimentée par panneau solaire promet de réduire fortement les coûts d'irrigation pour les producteurs de jardins de contre-saison.
Dans un petit atelier de tôle en périphérie de Sarh, Ndilbé Passoua, jeune ingénieur formé à l'institut universitaire des sciences et techniques de la ville, teste la dernière version de sa pompe solaire, un assemblage compact de panneau photovoltaïque, moteur électrique et tuyaux de récupération, conçu pour permettre aux petits maraîchers d'irriguer leurs parcelles sans dépendre du carburant coûteux des motopompes classiques.
L'idée lui est venue en observant les producteurs de jardins de contre-saison de sa région, contraints de dépenser une part importante de leurs revenus en essence pour faire fonctionner de petites motopompes, quand ils avaient les moyens d'en posséder une. Beaucoup se contentaient encore d'un arrosage manuel au seau, chronophage et limitant fortement la surface qu'un producteur pouvait cultiver seul.
Un prototype pensé pour être réparable localement
Plutôt que d'importer un kit solaire complet, coûteux et difficile à réparer localement en cas de panne, Ndilbé Passoua a fait le choix de concevoir un système utilisant, autant que possible, des pièces disponibles sur le marché local ou récupérées sur des équipements hors d'usage : moteur reconditionné, structure métallique soudée à l'atelier, tuyauterie en PVC standard. Seul le panneau photovoltaïque et le contrôleur électronique restent importés, faute d'alternative locale fiable.
« Un système compliqué qui tombe en panne loin de tout, c'est un système inutile. J'ai voulu quelque chose qu'un réparateur de vélo du quartier puisse comprendre et bricoler si besoin », explique le jeune ingénieur.
Les premiers essais, menés sur le jardin d'un producteur volontaire en périphérie de Sarh, ont permis d'irriguer une parcelle de près de 800 mètres carrés à partir d'un puits peu profond, avec un débit jugé suffisant pour l'arrosage quotidien de cultures maraîchères comme le gombo, la tomate ou l'oignon. Le coût de fabrication du prototype, encore artisanal, reste toutefois supérieur à celui d'une petite motopompe d'occasion, un écart que Ndilbé Passoua espère réduire en produisant plusieurs unités à la fois plutôt qu'à l'unité.
Vers une petite production en série ?
Encouragé par les retours des premiers utilisateurs, le jeune ingénieur cherche désormais un appui pour financer une petite série de pompes destinées à un groupement de maraîchers de la région, qui serviraient à la fois de démonstration et de retour d'expérience avant une éventuelle diffusion plus large. Il a présenté son prototype lors d'une foire locale de l'innovation organisée à Sarh, où il a remporté un prix d'encouragement remis par un jury d'enseignants et d'entrepreneurs locaux.
- Une parcelle test de 800 mètres carrés irriguée avec succès
- Un coût de fabrication visé inférieur à celui d'une motopompe à essence sur trois ans d'usage
- Des pièces majoritairement disponibles ou réparables localement
- Un projet de petite série destinée à un groupement de maraîchers de Sarh
Pour l'instant sans financement extérieur, Ndilbé Passoua continue de peaufiner son prototype sur ses fonds propres et avec l'appui ponctuel de l'atelier de mécanique où il travaille à mi-temps. Il espère que la prochaine saison sèche permettra de tester une deuxième unité chez un autre producteur, avant d'envisager plus sérieusement une diffusion à plus grande échelle si l'intérêt des maraîchers de la région se confirme.
« Avant, je dépensais presque tout ce que me rapportait le jardin en essence pour la motopompe. Avec le système solaire, cet argent reste dans ma poche », témoigne le maraîcher qui a accueilli le premier prototype sur sa parcelle.
Au-delà du seul gain économique pour les producteurs, le projet attire aussi l'attention d'enseignants de l'institut universitaire où Ndilbé Passoua a été formé, qui y voient un exemple concret à présenter aux étudiants pour illustrer la possibilité de développer des solutions techniques adaptées aux réalités locales, plutôt que de se contenter d'importer des technologies conçues ailleurs sans tenir compte des contraintes de maintenance et de coût propres à la région. Plusieurs d'entre eux ont proposé d'associer des étudiants en dernière année au projet, pour en accélérer le développement tout en offrant une expérience pratique aux futurs ingénieurs.