Une équipe de chercheurs de N'Djamena met au point une variété de sorgho plus résistante à la sécheresse
Après plusieurs années d'essais en station expérimentale, une nouvelle lignée de sorgho pourrait offrir de meilleurs rendements aux producteurs des zones les plus exposées au déficit pluviométrique.
Dans les parcelles expérimentales d'un centre de recherche agronomique de la périphérie de N'Djamena, des rangées de sorgho aux panicules particulièrement fournies attirent l'attention des visiteurs. Ces plants sont l'aboutissement de sept années de sélection variétale menées par une équipe de chercheurs tchadiens, qui annoncent avoir stabilisé une nouvelle lignée de sorgho capable de maintenir des rendements corrects même lors de campagnes agricoles marquées par un déficit de pluie prolongé.
Le sorgho constitue l'une des céréales de base de l'alimentation dans une large partie du pays, cultivé aussi bien en saison des pluies que, pour certaines variétés, en décrue après le retrait des eaux dans les zones inondables. Mais les variétés traditionnellement cultivées supportent mal les à-coups pluviométriques de plus en plus fréquents : un simple retard des pluies de trois semaines en début de cycle peut suffire à compromettre une bonne partie de la récolte.
Sept ans de sélection patiente
Pour mettre au point cette nouvelle lignée, l'équipe de recherche a croisé des variétés locales, réputées bien adaptées aux sols et au climat de la région mais aux rendements modestes, avec des lignées introduites présentant un cycle de croissance plus court et un système racinaire plus profond, capable d'aller chercher l'humidité résiduelle en profondeur lors des périodes sèches. Plusieurs générations de sélection successive ont ensuite permis d'isoler les plants combinant le mieux ces différentes qualités.
« On ne cherchait pas la variété miracle qui résiste à tout, on cherchait une plante qui, même dans une mauvaise année, ramène quelque chose à la maison pour la famille », explique la responsable du programme de sélection.
Les essais menés en station, puis en parcelles paysannes dans plusieurs villages volontaires des régions du Chari-Baguirme et du Guéra, ont montré des rendements supérieurs d'environ 20 à 30 % par rapport aux variétés locales de référence lors des saisons marquées par un déficit pluviométrique significatif, avec un écart nettement plus faible lors des bonnes années, ce qui confirme, selon les chercheurs, que le principal atout de la nouvelle lignée réside dans sa capacité à limiter les pertes en année difficile plutôt qu'à maximiser les rendements en année favorable.
Une diffusion qui reste à organiser
Reste désormais l'étape, jugée souvent plus délicate que la recherche elle-même, de la diffusion auprès des producteurs. L'équipe de recherche travaille avec plusieurs coopératives semencières locales pour multiplier les semences de la nouvelle lignée à une échelle suffisante, un processus qui prend généralement deux à trois campagnes avant qu'une quantité significative de semences certifiées soit disponible pour les agriculteurs intéressés.
- Rendements supérieurs de 20 à 30 % en année de déficit pluviométrique marqué
- Cycle de croissance raccourci d'environ deux semaines par rapport aux variétés locales
- Essais menés dans les régions du Chari-Baguirme et du Guéra
- Multiplication des semences confiée à des coopératives locales
Les chercheurs restent prudents sur le calendrier de diffusion à grande échelle, rappelant que l'adoption d'une nouvelle variété par les paysans dépend autant de sa performance agronomique que de son goût, de sa facilité de transformation et de son adéquation avec les usages culinaires locaux, des critères qui feront l'objet d'enquêtes complémentaires auprès des ménages ayant participé aux essais en parcelles paysannes avant toute diffusion plus large.
« La première année, on a testé la nouvelle variété sur un petit coin de champ, par prudence. Cette saison, on a doublé la surface, et le grain se conserve aussi bien que celui qu'on connaissait déjà », témoigne un producteur du Guéra ayant participé aux essais en parcelle paysanne.
Le programme a par ailleurs bénéficié d'échanges réguliers avec des centres de recherche agronomique d'autres pays de la sous-région confrontés aux mêmes contraintes climatiques, notamment pour l'accès à du matériel génétique de départ et le partage de protocoles d'essais en champ. Une collaboration que l'équipe tchadienne souhaite approfondir, en espérant à terme pouvoir elle-même fournir des lignées adaptées à des programmes de sélection menés dans des pays voisins confrontés à des problématiques agronomiques similaires.