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À Abéché, une jeune athlète vise les compétitions régionales à force de ténacité

Sans piste homologuée ni équipement spécialisé, une coureuse de fond de dix-neuf ans s'entraîne sur les pistes de sable de l'est du pays avec l'espoir de représenter un jour le Tchad à l'international.

LG
Publié le 26 août 2026 · 3 min de lecture
La jeune athlète Achta Idriss s'entraîne sur une piste de latérite à la sortie d'Abéché, tôt le matin en août 2026.

Il n'est pas encore six heures du matin quand Achta Idriss s'élance sur la piste de latérite qui longe la sortie est d'Abéché, ses chaussures usées soulevant une fine poussière rougeâtre dans la lumière encore basse. Dix-neuf ans, spécialiste du 1500 et du 3000 mètres, elle enchaîne les foulées pendant plus d'une heure avant de rejoindre le lycée où elle prépare son baccalauréat.

La jeune athlète Achta Idriss s'entraîne sur une piste de latérite à la sortie d'Abéché, tôt le matin en août 2026.

Repérée il y a trois ans par un entraîneur bénévole lors d'une course scolaire organisée pour la fête de l'indépendance, la jeune femme s'est découvert un talent qu'elle ne soupçonnait pas. Depuis, elle s'entraîne presque quotidiennement, sans piste homologuée, sans chronométrage électronique, et avec un matériel réduit au strict minimum.

Chaque séance suit un programme qu'elle a en grande partie construit elle-même, en s'inspirant de vidéos d'entraînements professionnels visionnées sur son téléphone lorsque la connexion internet le permet. Fractionné, endurance, exercices de gainage improvisés avec des bidons remplis de sable : la jeune femme compense le manque de matériel spécialisé par une capacité d'adaptation que son entraîneur juge remarquable pour son âge.

S'entraîner sans infrastructure dédiée

« Il n'existe pas de vraie piste d'athlétisme dans la région. On s'entraîne sur des routes en terre, parfois sur le stade municipal quand il n'est pas occupé par le football », explique son entraîneur, Adoum Kosso, ancien athlète lui-même, qui encadre bénévolement une dizaine de jeunes coureurs de la ville.

« Ce qui nous manque le plus, ce n'est pas la volonté des jeunes, c'est le matériel : des chronomètres fiables, des chaussures adaptées, un vrai terrain plat. Malgré ça, certains d'entre eux ont un niveau qui mériterait d'être vu ailleurs qu'ici », insiste Adoum Kosso.

Cette situation est loin d'être isolée dans les provinces de l'est du pays, où les infrastructures sportives modernes restent rares en dehors de la capitale. Les jeunes athlètes prometteurs doivent souvent choisir entre poursuivre leur discipline dans des conditions précaires ou tenter leur chance à N'Djamena, où l'accès aux structures fédérales reste malgré tout limité.

Le stade municipal d'Abéché, seule enceinte sportive digne de ce nom dans la ville, reste par ailleurs prioritairement réservé aux clubs de football locaux les jours de match, ce qui limite d'autant les créneaux disponibles pour les autres disciplines. Achta Idriss et ses camarades doivent régulièrement adapter leurs horaires d'entraînement en fonction du calendrier footballistique local, parfois au prix de séances décalées tôt le matin ou tard le soir.

Une sélection régionale en ligne de mire

Malgré ces obstacles, Achta Idriss a été repérée par la fédération nationale d'athlétisme à l'occasion d'une compétition provinciale organisée au printemps, où elle a réalisé le meilleur temps de sa catégorie sur 1500 mètres. Une performance qui lui a valu une invitation à un stage de détection organisé dans la capitale, une première pour une athlète originaire du Ouaddaï depuis plusieurs années.

Un responsable de la fédération, contacté à ce sujet, confirme l'intérêt suscité par la jeune coureuse et évoque la possibilité de l'inscrire à une compétition régionale prévue dans les prochains mois, sous réserve de trouver un financement pour le déplacement et l'hébergement de l'athlète et de son encadrement.

Sa famille, longtemps réticente à la voir consacrer autant de temps à la course à pied plutôt qu'aux tâches domestiques, a progressivement changé de regard à mesure que ses résultats sportifs se sont accumulés. « Mon père a assisté à ma dernière course provinciale. C'est la première fois qu'il venait me voir courir, et il m'a dit après qu'il était fier », confie-t-elle, un sourire timide aux lèvres.

En attendant une réponse définitive, Achta Idriss continue son entraînement matinal, portée par un objectif qu'elle formule sans détour : « Je veux être la preuve qu'on peut venir d'ici, s'entraîner dans ces conditions, et quand même arriver à représenter son pays. » Un objectif qui, pour l'heure, se construit foulée après foulée sur les pistes de terre de sa ville natale.

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