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Championnat amateur : des soupçons d'arrangements de matchs sous surveillance

Plusieurs rencontres du championnat de football amateur de la capitale ont fait l'objet de signalements pour des résultats jugés suspects. La commission de discipline a ouvert une série d'auditions.

CI
Publié le 26 août 2026 · 3 min de lecture
Un match du championnat amateur de football disputé sur un terrain de quartier à N'Djamena, en juillet 2026.

Score de sept buts à zéro, un gardien resté quasiment spectateur, une équipe qui a inexplicablement changé quatre fois de schéma défensif en dix minutes : la rencontre disputée fin juillet entre deux clubs du championnat amateur de N'Djamena a suscité, dès le coup de sifflet final, une vague de commentaires incrédules parmi les spectateurs présents. Ce match n'est pas un cas isolé : la ligue régionale de football a recensé, au cours des deux derniers mois, quatre rencontres aux résultats jugés « statistiquement anormaux » par sa commission de discipline.

Un match du championnat amateur de football disputé sur un terrain de quartier à N'Djamena, en juillet 2026.

Ces soupçons ne portent pas uniquement sur des scores hors normes. Selon plusieurs sources internes à la ligue, des mouvements inhabituels ont également été observés sur des plateformes de paris sportifs en ligne accessibles depuis le pays, avec des volumes de mise anormalement élevés sur certaines rencontres de seconde division, quelques heures à peine avant le coup d'envoi.

Plusieurs de ces plateformes, opérant depuis l'étranger sans licence locale, échappent largement au contrôle des autorités tchadiennes, ce qui complique toute enquête approfondie sur l'origine exacte des mises suspectes. Un responsable des services de régulation des jeux, contacté par notre rédaction, reconnaît un vide juridique sur cette question spécifique des paris en ligne transfrontaliers.

Des témoignages sous couvert d'anonymat

Interrogés séparément, deux joueurs évoluant dans des clubs concernés par ces signalements, qui ont requis l'anonymat par crainte de représailles, évoquent des pressions exercées par des intermédiaires proposant de l'argent en échange d'un résultat convenu à l'avance. « On m'a proposé une somme équivalente à plusieurs mois de mes revenus habituels pour « ne pas trop en faire » lors d'un match. J'ai refusé, mais je sais que d'autres ont accepté », affirme l'un d'eux, sous couvert d'anonymat.

« Le phénomène n'est pas propre à notre championnat, il touche le football amateur dans plusieurs pays de la région à mesure que les paris en ligne se développent. Mais nous ne pouvons pas laisser cela s'installer sans réagir », déclare un responsable de la ligue régionale de football, joint par téléphone.

La commission de discipline de la ligue a ouvert, début août, une série d'auditions des dirigeants, entraîneurs et joueurs des clubs impliqués dans les rencontres signalées. Ses conclusions ne devraient pas être rendues publiques avant plusieurs semaines, le temps de recouper les témoignages recueillis avec les relevés disponibles auprès des opérateurs de paris sollicités.

Un troisième club, non cité jusqu'ici, aurait également fait l'objet d'un signalement informel de la part d'un arbitre assistant, selon une source proche du dossier, sans qu'une procédure formelle n'ait encore été ouverte à ce sujet à ce stade de l'enquête.

Un championnat amateur particulièrement vulnérable

Plusieurs observateurs du football local pointent la fragilité structurelle du championnat amateur comme un terreau propice à ce type de dérive : indemnités des joueurs souvent versées avec retard, absence de contrats formels dans la plupart des clubs, et contrôle limité des instances sur le déroulement concret des matches disputés sur des terrains de quartier peu surveillés.

« Un joueur qui n'est pas payé depuis trois mois devient une cible facile pour quiconque lui propose de l'argent rapide », résume un ancien arbitre du championnat, aujourd'hui retiré, qui dit avoir déjà été témoin par le passé de comportements suspects sur le terrain sans disposer à l'époque de moyens pour les signaler formellement.

Cette précarité contractuelle contraste avec l'engouement populaire dont bénéficie le championnat amateur, suivi avec assiduité dans les quartiers et largement commenté sur les réseaux sociaux locaux, où circulent d'ailleurs, depuis plusieurs semaines, des accusations non vérifiées visant nommément certains joueurs, une dérive que la ligue dit également surveiller de près.

En attendant les conclusions de la commission, la ligue régionale annonce vouloir renforcer la formation des arbitres à la détection de comportements suspects et étudier la mise en place d'un dispositif d'alerte anonyme pour les joueurs victimes de sollicitations. Une réponse jugée nécessaire, mais encore insuffisante selon plusieurs acteurs du football amateur, qui réclament surtout une professionnalisation plus large de la gestion des clubs pour tarir durablement ce type de pratiques à la racine.

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