Le basketball féminin gagne du terrain à N'Djamena
Portée par une nouvelle génération de joueuses et l'ouverture de plusieurs clubs, la pratique du basketball féminin connaît un essor notable dans la capitale, malgré des moyens encore limités.
Sous les projecteurs d'un terrain extérieur du quartier de Sabangali, à N'Djamena, une quinzaine de jeunes femmes s'entraînent avec une intensité qui tranche avec les préjugés encore répandus sur le basketball féminin dans le pays. Ballons qui claquent sur le bitume, sifflets de l'entraîneur, exercices de tir enchaînés jusqu'à la tombée de la nuit : la scène est devenue familière trois soirs par semaine depuis la création du club des Lionnes de Sabangali, il y a deux ans.
Ce club n'est plus un cas isolé. Selon la ligue régionale de basketball, le nombre d'équipes féminines inscrites en compétition dans la capitale est passé d'à peine quatre il y a cinq ans à une douzaine aujourd'hui, un essor porté par l'engouement d'une jeunesse urbaine de plus en plus connectée aux compétitions internationales suivies en ligne.
Cette progression s'observe également au niveau scolaire, où plusieurs établissements secondaires de la capitale ont récemment intégré le basketball féminin à leurs compétitions inter-lycées, offrant un vivier de recrutement inédit aux clubs comme celui de Sabangali. Certaines joueuses découvertes lors de ces tournois scolaires ont depuis intégré l'équipe première des Lionnes en quelques mois seulement.
Une pratique encore fragile mais en expansion
« Il y a dix ans, une fille qui voulait jouer au basket devait souvent se battre contre l'avis de sa propre famille. Aujourd'hui, ce n'est plus la norme, même si les résistances n'ont pas totalement disparu », observe Kaltouma Yacoub, entraîneuse des Lionnes et ancienne joueuse internationale amateur.
« Mes parents pensaient que le sport allait m'éloigner de mes études. Aujourd'hui, ma mère vient parfois assister aux matchs et crie plus fort que n'importe qui dans les tribunes », raconte en riant Djénabou Haroun, dix-sept ans, meneuse de jeu du club.
Cette évolution des mentalités reste toutefois inégale selon les quartiers et les milieux sociaux. Plusieurs joueuses interrogées évoquent encore des remarques désobligeantes sur la tenue sportive jugée inconvenante, ou des réticences familiales face au temps consacré aux entraînements, au détriment supposé des tâches domestiques.
Certaines joueuses expliquent avoir dû composer avec un double emploi du temps, entre les études, les tâches ménagères attendues d'elles dans leur foyer et les entraînements sportifs, une charge que leurs homologues masculins n'ont généralement pas à assumer dans les mêmes proportions. Plusieurs clubs féminins ont ainsi adapté leurs horaires d'entraînement en soirée, une fois les obligations familiales de la journée accomplies.
Un tournoi régional pour accélérer la dynamique
- Douze équipes féminines aujourd'hui inscrites en compétition à N'Djamena, contre quatre il y a cinq ans
- Un tournoi régional inter-clubs prévu en fin d'année
- Un partenariat en discussion avec une marque d'équipement sportif pour doter les clubs en maillots
Pour accompagner cette dynamique, la ligue régionale prépare l'organisation d'un tournoi inter-clubs prévu en fin d'année, qui doit réunir l'ensemble des équipes féminines de la capitale sur plusieurs semaines. Un événement que ses organisateurs espèrent voir devenir annuel, à condition de trouver des financements suffisants pour couvrir l'arbitrage, les équipements et la location des terrains.
Le club des Lionnes de Sabangali a par ailleurs noué un partenariat avec une équipe de basketball féminine d'un pays voisin, qui doit se traduire par un premier match amical international organisé à N'Djamena à l'automne. Une perspective qui suscite un enthousiasme particulier chez les joueuses, pour qui il s'agirait d'une première confrontation officielle face à une formation étrangère.
Reste que les moyens matériels demeurent un frein constant : la plupart des clubs féminins s'entraînent encore sur des terrains extérieurs non couverts, exposés aux intempéries, et partagent souvent leur unique ballon de qualité entre plusieurs séances. Malgré ces contraintes, Kaltouma Yacoub veut rester optimiste sur l'avenir de la discipline dans la capitale. « On part de loin, mais la progression est réelle. Dans quelques années, je suis convaincue qu'on aura des joueuses tchadiennes qui perceront au niveau continental », assure-t-elle, avant de siffler la reprise de l'entraînement.