LA NATION

À Moundou, des classes de plus de cent élèves faute d'enseignants

Dans le deuxième pôle économique du pays, la rentrée scolaire s'annonce une nouvelle fois tendue : des établissements publics manquent cruellement de personnel, contraignant certains professeurs à doubler leurs classes.

NB
Publié le 26 août 2026 · 3 min de lecture
Des élèves entassés dans une salle de classe surchargée du lycée de Moundou-Centre, à la rentrée d'août 2026.

À l'heure de la rentrée, la cour du lycée public de Moundou-Centre résonne déjà de l'agitation habituelle. Mais dans la salle 12, réservée aux élèves de seconde, c'est une autre réalité qui saute aux yeux dès l'ouverture des portes : cent dix-huit noms figurent sur la liste d'appel, pour une salle prévue à l'origine pour soixante. « On s'assoit à trois par table, parfois à quatre à l'arrière », soupire Delwa Nodji, quinze ans, en désignant les bancs de bois alignés jusqu'au tableau.

Des élèves entassés dans une salle de classe surchargée du lycée de Moundou-Centre, à la rentrée d'août 2026.

Cette situation n'a rien d'exceptionnel dans la capitale économique du pays. Selon les chiffres communiqués par l'inspection académique de la province du Logone Occidental, le nombre moyen d'élèves par enseignant dans le secondaire public a dépassé quatre-vingts cette année, contre un peu plus de soixante il y a cinq ans. Plusieurs établissements de la ville affichent des chiffres bien supérieurs à cette moyenne dans les matières scientifiques, où le déficit d'enseignants qualifiés est le plus marqué.

Des enseignants qui se raréfient

Les raisons de cette pénurie sont multiples. Le nombre de postes ouverts au concours de l'enseignement n'a pas suivi la croissance démographique de la ville, dopée par l'activité industrielle et commerciale de la région. Dans le même temps, plusieurs professeurs formés dans les matières scientifiques ont quitté l'enseignement public pour rejoindre des établissements privés mieux rémunérateurs, ou des organisations non gouvernementales actives dans la région.

« On demande à un seul professeur de physique-chimie de couvrir six classes à lui tout seul. Matériellement, c'est intenable sur la durée, et la qualité de l'enseignement en pâtit forcément », témoigne le proviseur adjoint de l'établissement, Ndoubadjim Success, qui jongle lui-même avec un emploi du temps de professeur en plus de ses tâches administratives.

Les conséquences pédagogiques de cette surcharge sont difficiles à mesurer précisément, faute de statistiques désagrégées par établissement, mais plusieurs enseignants estiment que le temps consacré à chaque élève s'est nettement réduit ces dernières années. Corriger une centaine de copies après chaque devoir, assurer un suivi individualisé des élèves en difficulté ou simplement faire circuler la parole en classe devient, selon eux, quasiment impossible dans de telles conditions.

La pénurie touche particulièrement les mathématiques et les sciences physiques, deux matières pourtant jugées stratégiques dans les orientations nationales vers les filières techniques et scientifiques. Sur les neuf établissements publics de la ville, quatre ne disposent d'aucun professeur de physique-chimie titulaire, contraignant les élèves de plusieurs classes à partager, à tour de rôle, les rares enseignants encore en poste.

Pour compenser, l'association des parents d'élèves de l'établissement a mis en place, depuis deux ans, une cotisation volontaire destinée à rémunérer des enseignants vacataires recrutés localement, souvent de jeunes diplômés en attente de titularisation. Ce système, s'il permet de limiter la casse, fait peser une charge supplémentaire sur des familles déjà confrontées à la hausse du coût de la vie.

Des recrutements annoncés, mais lents à se concrétiser

Contacté, le ministère de l'Éducation nationale et de la Promotion civique affirme qu'un nouveau contingent d'enseignants stagiaires doit être affecté dans la province avant la fin du trimestre, dans le cadre d'un plan national de résorption du déficit en personnel. Un calendrier que les syndicats enseignants locaux jugent optimiste, rappelant que des annonces similaires les années précédentes n'ont été que partiellement suivies d'effet.

D'autres établissements de la ville ont opté pour des solutions plus radicales, comme le dédoublement informel des classes en deux groupes qui se relaient matin et après-midi dans la même salle, au prix d'une réduction du volume horaire global reçu par chaque élève. Une adaptation que les syndicats enseignants jugent contraire aux programmes officiels, mais qu'ils reconnaissent préférable à des classes systématiquement surchargées toute la journée.

En attendant, dans la salle 12, Delwa Nodji et ses camarades continuent de se relayer pour recopier les notes du tableau, faute de manuels en nombre suffisant. « On s'en sort en s'entraidant entre nous », assure-t-elle avec un sourire qui trahit surtout la lassitude d'une nouvelle année qui commence dans les mêmes conditions que la précédente.

NB
Nadia Belkacem
Essayiste

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