Dans les classes surchargées de N'Djamena, la rentrée de tous les défis
Avec des effectifs qui continuent de gonfler plus vite que le nombre de salles disponibles, plusieurs établissements de la capitale entament l'année scolaire dans des conditions que enseignants et parents jugent de plus en plus intenables.
Dans la cour de l'école primaire d'un quartier populaire de N'Djamena, le brouhaha de la récréation masque un peu la réalité qui attend les élèves une fois la sonnerie passée : des salles de classe où l'on compte parfois plus d'une centaine d'enfants pour un seul enseignant, assis à trois ou quatre par table conçue à l'origine pour deux. Ce scénario, loin d'être isolé, se répète dans plusieurs établissements publics de la capitale à chaque rentrée scolaire, sans qu'aucune solution durable ne semble à ce jour se dessiner.
La croissance démographique rapide de la capitale, alimentée à la fois par le taux de natalité élevé et par l'arrivée continue de familles venues d'autres régions, dépasse depuis plusieurs années le rythme de construction de nouvelles infrastructures scolaires. Résultat, des établissements conçus pour un nombre d'élèves donné se retrouvent à en accueillir parfois le double, obligeant les directions à multiplier les doubles vacations, où deux groupes d'élèves se relaient dans les mêmes salles, matin et après-midi.
Des enseignants en première ligne
Pour les enseignants, cette surcharge chronique complique considérablement l'exercice du métier. Suivre individuellement la progression de chaque élève devient quasiment impossible dans une classe de plus de cent enfants, et le simple fait de faire respecter un minimum de discipline mobilise une part importante du temps de classe qui pourrait autrement être consacrée à l'apprentissage. Plusieurs enseignants racontent avoir dû improviser des méthodes pédagogiques adaptées à ces effectifs pléthoriques, faute d'alternative réaliste.
« On fait ce qu'on peut, mais avec plus de cent élèves dans une classe, il est impossible de vérifier si chacun a vraiment compris la leçon. Certains passent l'année sans qu'on ait pu leur parler individuellement une seule fois », témoigne une institutrice qui enseigne depuis douze ans dans un établissement du quartier.
Du côté des parents, l'inquiétude porte autant sur la qualité de l'enseignement dispensé dans ces conditions que sur la sécurité physique des enfants, certaines salles n'étant tout simplement pas conçues pour accueillir un tel nombre d'élèves sans risque en cas d'incident. Plusieurs associations de parents d'élèves ont interpellé les autorités locales pour réclamer la construction rapide de nouvelles salles de classe, ainsi qu'un recrutement accéléré d'enseignants supplémentaires pour réduire ne serait-ce que légèrement les effectifs actuels.
Des réponses annoncées, mais encore insuffisantes
Face à cette pression croissante, les autorités en charge de l'éducation ont annoncé un programme de construction de nouvelles salles de classe dans plusieurs quartiers prioritaires de la capitale, ainsi qu'un plan de recrutement d'enseignants supplémentaires étalé sur plusieurs années. Ces annonces, si elles sont saluées par les représentants des parents d'élèves, sont également accueillies avec un certain scepticisme, plusieurs programmes similaires par le passé n'ayant été que partiellement mis en œuvre faute de financement suffisant sur la durée.
- Des classes qui dépassent parfois la centaine d'élèves pour un seul enseignant.
- Un recours généralisé aux doubles vacations dans plusieurs établissements publics.
- Un programme de construction de nouvelles salles annoncé dans les quartiers prioritaires.
- Un plan de recrutement d'enseignants supplémentaires prévu sur plusieurs années.
En attendant que ces mesures produisent des effets visibles sur le terrain, la rentrée scolaire continue de se dérouler, année après année, dans des conditions qui pèsent directement sur les chances de réussite des élèves les plus vulnérables. Plusieurs enseignants estiment que la question dépasse largement le seul cadre budgétaire : elle interroge, selon eux, la capacité collective à faire de l'éducation une priorité réellement traduite en actes, et non simplement en discours de rentrée renouvelés chaque année sans changement suffisant sur le terrain.