LA NATION

À Walia, les habitants attendent toujours la régularisation de leurs quartiers

Enquête sur un quartier populaire de N'Djamena où des milliers de familles vivent depuis des années sans titre foncier reconnu, dans l'attente d'une procédure de régularisation plusieurs fois annoncée mais toujours incomplète.

CI
Publié le 26 août 2026 · 3 min de lecture
Ruelle du quartier de Walia, à N'Djamena, où de nombreuses habitations restent sans titre foncier reconnu.

Entre les ruelles de sable de Walia, quartier populaire de la périphérie de N'Djamena, les maisons en dur se sont multipliées au fil des années, signe d'un enracinement durable de familles qui, pour beaucoup, n'ont pourtant jamais obtenu de titre de propriété officiel sur la parcelle qu'elles occupent. Cette situation, loin d'être exceptionnelle, concerne selon plusieurs associations de riverains une bonne partie des habitants du quartier, installés parfois depuis plus d'une décennie sur des terrains dont le statut juridique reste flou.

Ruelle du quartier de Walia, à N'Djamena, où de nombreuses habitations restent sans titre foncier reconnu.

L'origine de cette situation remonte, selon les témoignages recueillis, à une période d'urbanisation rapide et largement spontanée, durant laquelle des familles venues de différentes régions se sont installées sur des terrains disponibles sans passer par les procédures d'attribution officielles, faute d'accès simple à ces démarches ou par manque d'information sur les risques encourus à long terme. Ce mode d'installation informel, courant dans de nombreuses villes en forte croissance, a fini par constituer un quartier entier structuré autour de commerces, d'une école et de plusieurs lieux de culte, sans que sa légalité foncière ne suive.

Une procédure de régularisation à l'arrêt

Il y a plusieurs années, les autorités municipales avaient annoncé le lancement d'un programme de régularisation foncière destiné justement à ce type de quartiers, avec la promesse d'un recensement des occupants suivi de la délivrance de titres fonciers simplifiés, moyennant le paiement de frais réduits par rapport à une procédure d'attribution classique. Sur le terrain, ce programme a effectivement débuté par une phase de recensement, dont plusieurs habitants se souviennent précisément, avant de sembler s'essouffler sans explication officielle claire.

« On nous a recensés, on nous a même donné un récépissé provisoire, et depuis, plus rien. Ça fait maintenant plusieurs années qu'on attend la suite sans savoir si elle viendra un jour », raconte un habitant de Walia, propriétaire d'une petite épicerie de quartier depuis une quinzaine d'années.

Cette absence de titre foncier définitif a des conséquences concrètes sur le quotidien des familles concernées. Sans document officiel reconnu, difficile d'obtenir un crédit bancaire pour agrandir ou améliorer son habitation, ou de faire valoir ses droits en cas de litige de voisinage sur les limites d'une parcelle. Plusieurs habitants évoquent également une forme d'anxiété diffuse face au risque, même jugé faible par certains, d'un déguerpissement futur si les autorités décidaient un jour d'affecter ces terrains à un autre usage.

Des explications qui divergent selon les interlocuteurs

Interrogés sur les raisons de ce blocage, les responsables municipaux consultés avancent plusieurs explications, allant du manque de moyens financiers pour finaliser les levés topographiques nécessaires, à des difficultés de coordination entre différents services administratifs impliqués dans la délivrance des titres. Plusieurs associations de riverains, de leur côté, soupçonnent également des enjeux plus politiques liés à la valorisation potentielle de certaines parcelles, sans toutefois pouvoir étayer précisément cette hypothèse par des éléments concrets.

Face à cette impasse persistante, plusieurs habitants de Walia ont fini par s'organiser en collectif pour relancer régulièrement les services municipaux concernés, sans grand succès pour l'instant. D'autres ont fait le choix, plus pragmatique, de continuer à investir dans leur habitation malgré l'incertitude juridique, misant sur le fait qu'un quartier aussi peuplé et aussi structuré sera, à terme, difficile à déplacer, quelle que soit l'issue administrative de la procédure de régularisation. Une forme de résignation prudente, teintée d'un espoir qui, année après année, se fait pourtant de plus en plus ténu.

Commentaires · 0

Trier par : Les plus pertinents ▾
Connectez-vous pour réagir à cet article.

À lire également