Face au paludisme, une campagne de distribution de moustiquaires sous tension logistique
Avec l'arrivée de la saison des pluies, les autorités sanitaires relancent une vaste opération de distribution de moustiquaires imprégnées, mais la logistique du dernier kilomètre reste un défi majeur dans plusieurs zones rurales.
Devant le centre de santé d'un quartier périphérique de N'Djamena, une file de mères de famille patiente sous un soleil déjà haut, chacune venue récupérer les moustiquaires imprégnées destinées à sa famille pour la saison des pluies. Cette scène, qui se répète dans plusieurs points de distribution du pays, s'inscrit dans une campagne annuelle jugée essentielle par les autorités sanitaires pour limiter la propagation du paludisme, qui reste l'une des principales causes de consultation médicale, en particulier chez les jeunes enfants.
L'enjeu de cette campagne dépasse la simple remise de matériel : elle s'accompagne systématiquement de séances de sensibilisation sur la bonne utilisation des moustiquaires, un point que les responsables sanitaires jugent tout aussi déterminant que la distribution elle-même. Plusieurs agents de santé communautaire rappellent en effet qu'une moustiquaire mal installée, ou détournée de son usage premier pour d'autres tâches domestiques, perd une grande partie de son efficacité contre les piqûres nocturnes responsables de la transmission du paludisme.
Le défi du dernier kilomètre
Si la distribution se déroule relativement bien dans les centres urbains, la situation se complique nettement dès que l'on s'éloigne des grands axes. Dans plusieurs zones rurales, l'acheminement des moustiquaires bute sur l'état des pistes, rendues difficilement praticables dès les premières pluies, ce qui contraint parfois les équipes sanitaires à revoir leur calendrier de tournée ou à recourir à des moyens de transport improvisés pour atteindre les villages les plus isolés.
« Le plus dur, ce n'est pas d'avoir les moustiquaires en stock, c'est de les faire arriver à temps dans les villages qu'on ne peut plus atteindre en voiture une fois la saison des pluies bien installée », explique un responsable logistique impliqué dans la campagne dans une zone rurale du sud du pays.
Cette difficulté logistique a des conséquences directement mesurables : dans certaines localités, les livraisons accusent chaque année un retard de plusieurs semaines par rapport au calendrier initial, ce qui réduit d'autant la période de protection effective des populations concernées avant le pic saisonnier de transmission. Plusieurs équipes de santé communautaire ont adapté leurs méthodes en pré-positionnant une partie des stocks avant le début des pluies, dans des entrepôts relais situés à mi-chemin des zones les plus difficiles d'accès.
Une mobilisation communautaire déterminante
Au-delà des questions purement logistiques, plusieurs responsables sanitaires insistent sur le rôle central des relais communautaires dans la réussite de la campagne. Ce sont souvent des volontaires issus des villages eux-mêmes qui assurent le porte-à-porte final, expliquent en langue locale l'importance de dormir chaque nuit sous une moustiquaire correctement fixée, et remontent aux équipes sanitaires les besoins non couverts ou les cas de moustiquaires endommagées à remplacer rapidement.
- Des séances de sensibilisation systématiquement associées à la distribution de moustiquaires.
- Des pistes rurales rendues difficilement praticables dès les premières pluies.
- Un pré-positionnement des stocks dans des entrepôts relais avant la saison des pluies.
- Un rôle central des relais communautaires pour l'installation correcte des moustiquaires.
Les autorités sanitaires se refusent pour l'instant à communiquer des objectifs chiffrés précis de réduction des cas de paludisme liés à cette campagne, préférant insister sur l'importance de la répéter chaque année avec la même rigueur, plutôt que sur un résultat isolé difficile à attribuer avec certitude à une seule opération de distribution. Sur le terrain, les agents de santé communautaire, eux, mesurent le succès de la campagne à une aune plus simple : le nombre de moustiquaires qu'ils voient réellement suspendues au-dessus des lits, lors de leurs visites de suivi dans les semaines qui suivent chaque distribution.