LA NATION

À N'Djamena, le prix du sac de mil s'envole avant la saison sèche

Sur les marchés de la capitale, les ménages voient les prix des céréales de base grimper de semaine en semaine, une hausse que commerçants et économistes attribuent à un faisceau de causes plus complexe qu'il n'y paraît.

SB
Publié le 26 août 2026 · 3 min de lecture
Des sacs de céréales exposés à la vente au marché de Dembé, à N'Djamena.

Au marché de Dembé, les habitués s'arrêtent un instant devant les étals de céréales, calculatrice mentale en action, avant de repartir souvent avec un sac plus petit que celui de la semaine précédente pour le même budget. Le mil, aliment de base d'une grande partie des foyers de la capitale, a vu son prix grimper sensiblement ces dernières semaines, une tendance que confirment plusieurs commerçants installés là depuis des années et qui disent n'avoir jamais vu une hausse aussi rapide sur une période aussi courte.

Des sacs de céréales exposés à la vente au marché de Dembé, à N'Djamena.

Pour les ménages les plus modestes, cette hausse ne relève pas de l'anecdote statistique : elle se traduit très concrètement par des arbitrages douloureux, entre quantité achetée et autres postes de dépense. Plusieurs mères de famille interrogées sur le marché racontent avoir réduit la taille des portions servies à la maison ou substitué une partie du mil par du sorgho, jugé légèrement moins cher certaines semaines, sans que l'écart de prix ne soit devenu suffisant pour vraiment soulager les budgets.

Plusieurs causes qui se cumulent

Du côté des grossistes, on avance plusieurs explications qui se superposent plutôt qu'elles ne s'excluent. La dernière récolte, jugée correcte sans être exceptionnelle dans certaines régions productrices, n'a pas suffi à reconstituer des stocks déjà entamés par une saison précédente plus difficile. À cela s'ajoute une hausse du coût du transport routier, portée par le prix des carburants, qui se répercute mécaniquement sur le prix final payé par le consommateur, chaque kilomètre parcouru depuis les zones de production ajoutant sa part à la facture.

« On ne gagne pas plus qu'avant, on répercute juste ce qu'on nous facture à l'achat et pour le transport. Si le camion coûte plus cher à remplir, le sac de mil coûte plus cher à vendre », explique un grossiste du marché de Dembé, qui approvisionne une dizaine de détaillants du quartier.

Un économiste consulté sur la question pointe également un phénomène plus structurel : une partie de la production céréalière nationale part directement vers l'exportation informelle vers des marchés voisins où les prix sont jugés plus rémunérateurs par les producteurs, réduisant d'autant l'offre disponible sur le marché intérieur. Ce mécanisme, difficile à quantifier précisément faute de données douanières fiables sur ces flux informels, contribuerait selon lui à accentuer les tensions sur les prix locaux, en particulier dans les grandes villes de consommation comme N'Djamena.

Des mesures aux effets encore limités

Face à la grogne montante, les autorités locales ont annoncé plusieurs mesures destinées à desserrer la pression sur les prix : déblocage partiel de stocks de sécurité alimentaire dans certains marchés pilotes, renforcement des contrôles contre la spéculation sur les céréales, et discussions engagées avec les associations de transporteurs pour tenter de limiter la répercussion des coûts logistiques. Sur le terrain, ces annonces sont accueillies avec un optimisme prudent par les commerçants, qui attendent de voir des effets concrets avant de revoir leurs marges à la baisse.

En attendant que ces mesures produisent un effet tangible sur les étals, les habitudes de consommation continuent de s'ajuster au fil des semaines. Certains ménages se tournent vers des associations de quartier qui organisent des achats groupés directement auprès de producteurs, dans l'espoir de contourner une partie des intermédiaires. D'autres misent sur les jardins familiaux en périphérie de la ville pour compléter leurs récoltes de céréales par des cultures maraîchères moins soumises aux mêmes tensions de marché. Autant de stratégies individuelles qui, en creux, disent la difficulté à peser collectivement sur des prix largement déterminés par des facteurs qui échappent aux consommateurs de N'Djamena.

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