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Le paiement mobile s'impose dans les marchés de N'Djamena

En quelques années, le porte-monnaie électronique est passé du gadget urbain à un outil quotidien pour de nombreux commerçants, qui y voient un moyen de sécuriser leurs recettes tout en simplifiant leurs échanges.

JF
Publié le 26 août 2026 · 3 min de lecture
Un commerçant encaisse un paiement par téléphone mobile dans son échoppe du marché central de N'Djamena.

Il suffit d'observer quelques minutes une échoppe de téléphonie du marché central pour comprendre à quel point les habitudes ont changé : entre deux clients venus recharger leur ligne, le vendeur bascule sans y penser vers une application de transfert d'argent pour encaisser le paiement d'un autre client, sans qu'un seul billet ne change de main. Il y a encore cinq ans, ce genre de scène restait marginal. Aujourd'hui, elle s'est banalisée dans une grande partie des marchés de la capitale.

Un commerçant encaisse un paiement par téléphone mobile dans son échoppe du marché central de N'Djamena.

Plusieurs facteurs expliquent cette percée rapide. La multiplication des points de rechargement de crédit mobile dans les quartiers, la baisse progressive du coût des transactions les plus courantes, et surtout la généralisation des smartphones d'entrée de gamme ont rendu ces services accessibles à une population bien plus large que les seuls habitants aisés qui les utilisaient au départ. Pour de nombreux petits commerçants, l'argument décisif reste toutefois la sécurité : moins d'espèces en caisse signifie moins de risques en cas de vol.

Un outil de gestion autant qu'un moyen de paiement

Au-delà du simple encaissement, plusieurs commerçants racontent avoir progressivement transformé leur téléphone en véritable outil de gestion. L'historique des transactions permet de suivre plus facilement les ventes journalières, sans tenir de cahier de comptes à la main, une pratique encore courante mais chronophage et sujette aux erreurs. Certains utilisent même ces relevés pour justifier leur activité auprès d'organismes de microcrédit, qui exigent généralement un minimum de traçabilité avant d'accorder un prêt.

« Avant, je ne savais jamais vraiment combien j'avais vendu dans le mois, je faisais au feeling. Maintenant, j'ouvre l'application et j'ai tout, jour par jour. Ça m'a même aidé à obtenir un petit crédit pour agrandir mon stock », témoigne une commerçante de tissus installée au marché depuis une dizaine d'années.

Cette digitalisation progressive ne concerne pas que les commerçants établis. Dans certains quartiers périphériques, de jeunes revendeurs ambulants utilisent désormais le paiement mobile pour éviter de transporter des espèces sur eux durant leurs tournées, une pratique jugée risquée par beaucoup. Les opérateurs de téléphonie, conscients de cette dynamique, multiplient les offres promotionnelles destinées aux petits commerces, avec des frais réduits sur les transactions de faible montant, les plus fréquentes sur les marchés populaires.

Des freins qui persistent

Cette adoption rapide se heurte néanmoins à plusieurs limites bien identifiées. La couverture réseau reste inégale selon les quartiers, avec des zones où les transactions échouent régulièrement aux heures de forte affluence, obligeant les commerçants à revenir temporairement aux espèces. Le manque de familiarité de certains clients plus âgés avec les interfaces des applications constitue un autre obstacle, souvent contourné par l'aide ponctuelle d'un vendeur ou d'un proche plus à l'aise avec la technologie.

Malgré ces limites, la tendance de fond ne semble pas près de s'inverser. Plusieurs associations de commerçants réclament désormais une meilleure interopérabilité entre les différentes applications de paiement, aujourd'hui parfois cloisonnées par opérateur, ce qui obligerait un client équipé d'un service donné à changer d'application selon le vendeur en face de lui. Résoudre cette fragmentation, disent plusieurs acteurs du secteur, pourrait constituer la prochaine étape décisive pour ancrer durablement le paiement mobile comme outil quotidien de l'économie de marché à N'Djamena, bien au-delà des seuls cercles urbains les plus connectés.

JF
Julien Faure
Économiste

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