Budget de l'État : le pari risqué de la relance par la dépense publique
Le dernier collectif budgétaire mise sur une hausse sensible des dépenses d'investissement pour soutenir l'activité, un choix qui suscite autant d'espoirs que d'inquiétudes chez les économistes consultés.
Adopté après plusieurs semaines de discussions budgétaires plus tendues qu'à l'accoutumée, le dernier collectif budgétaire acte une hausse notable des dépenses d'investissement public, présentée par le ministère des Finances comme le levier principal pour soutenir une activité économique jugée trop dépendante des recettes tirées des matières premières. Ce choix, assumé publiquement, s'accompagne toutefois d'un déficit budgétaire plus élevé que prévu initialement, ce qui alimente un débat animé parmi les observateurs économiques du pays.
Sur le papier, la logique défendue par les autorités budgétaires est relativement simple : en période de croissance atone, l'État choisit de compenser la frilosité de l'investissement privé par une dépense publique accrue, concentrée sur les infrastructures routières, l'électrification rurale et la réhabilitation de plusieurs marchés régionaux. L'objectif affiché est double, créer de l'activité à court terme via les chantiers eux-mêmes, et poser les bases d'une croissance plus soutenue à moyen terme en réduisant certains goulots d'étranglement logistiques qui pèsent sur les entreprises locales.
Un financement qui repose sur des hypothèses fragiles
Le principal point de friction porte sur le mode de financement de cette relance. Une partie doit être couverte par une hausse attendue des recettes fiscales liée à la reprise progressive de certains secteurs, un pari que plusieurs économistes jugent optimiste compte tenu de l'incertitude qui pèse sur les cours des matières premières exportées par le pays. Le reste du financement doit provenir d'un recours accru à l'emprunt, aussi bien auprès de créanciers régionaux que d'institutions internationales, ce qui alourdit mécaniquement la trajectoire de la dette publique sur les prochaines années.
« Le raisonnement en soi n'est pas absurde, investir en période de ralentissement peut avoir du sens. Le vrai risque, c'est de construire ce plan sur des recettes qui ne se matérialiseront peut-être pas comme prévu », commente un économiste indépendant qui suit de près les finances publiques du pays.
D'autres analystes, plus favorables à l'approche retenue, soulignent que le niveau d'endettement public reste, pour l'instant, dans des proportions gérables au regard des standards régionaux, et que le principal risque ne réside pas tant dans le montant emprunté que dans la capacité de l'administration à exécuter effectivement les projets d'investissement annoncés. Les retards chroniques d'exécution budgétaire observés lors des exercices précédents constituent, selon eux, une menace au moins aussi sérieuse que le niveau de la dette elle-même.
L'exécution, juge de paix du pari budgétaire
Ce point de vue est partagé, à mots plus feutrés, par certains responsables au sein même de l'administration, qui reconnaissent en privé que la capacité d'absorption des crédits d'investissement reste un maillon faible du dispositif : lenteurs dans les procédures de passation de marchés publics, capacités techniques limitées de certaines directions régionales pour superviser les chantiers, ou encore décaissements des bailleurs conditionnés à des jalons parfois difficiles à tenir dans les délais impartis.
- Une hausse marquée des dépenses d'investissement dans les infrastructures et l'électrification rurale.
- Un déficit budgétaire revu à la hausse par rapport aux prévisions initiales.
- Un financement partiellement assis sur des recettes fiscales encore incertaines.
- Des lenteurs d'exécution budgétaire identifiées comme le principal risque opérationnel.
Au-delà des chiffres eux-mêmes, ce collectif budgétaire cristallise un débat plus large sur la stratégie économique du pays à moyen terme : faut-il continuer à miser sur une dépense publique volontariste pour compenser la faiblesse de l'investissement privé, au risque d'alourdir la dette, ou privilégier une trajectoire plus prudente, quitte à ralentir davantage la modernisation des infrastructures jugées indispensables à toute diversification économique future. Les prochains mois, et surtout la vitesse effective de décaissement des crédits votés, diront si le pari pris par les autorités budgétaires se révèle payant ou s'il vient simplement ajouter une nouvelle ligne de dette à un tableau déjà chargé.