À N'Djamena, les quartiers périphériques rattrapés par les inondations
Chaque saison des pluies, des milliers de familles installées sans titre foncier dans les quartiers périphériques de la capitale voient leurs habitations submergées. Récit d'un problème que les autorités peinent à endiguer.
Depuis trois jours, Mariam Oumar écope l'eau brunâtre qui stagne devant sa concession, dans le quartier de Walia, au nord de N'Djamena. Les pluies de la mi-août ont transformé la ruelle en bras de rivière, et le rez-de-chaussée de sa maison en terre battue tient encore debout, mais à peine. « L'an dernier déjà, on avait dû dormir chez ma sœur pendant une semaine », raconte-t-elle, un seau à la main, ses trois enfants assis sur un lit surélevé par des parpaings.
Ce scénario se répète chaque année dans plusieurs quartiers de la capitale tchadienne — Walia, Diguel, Ndjari ou encore certaines zones proches du Chari — où l'habitat s'est développé de façon spontanée sur d'anciennes zones inondables, sans réseau d'assainissement ni voirie bitumée. Selon les estimations de la mairie du 7e arrondissement, plus de quarante mille personnes vivraient aujourd'hui dans des secteurs classés à risque, un chiffre en hausse constante avec l'exode rural.
L'arrivée massive de familles venues des régions du Ouaddaï, du Kanem ou du Guéra, poussées par la sécheresse ou la recherche de travail, a nourri depuis quinze ans une urbanisation rapide et largement informelle. « Les gens s'installent où ils trouvent une parcelle libre, souvent en bord de mare ou d'ancien lit de cours d'eau, parce que c'est là que le foncier reste accessible », explique l'urbaniste Abakar Moussa Ali, qui a coordonné une étude sur l'extension urbaine de N'Djamena pour une association locale.
Un urbanisme non planifié
Le problème, selon lui, ne tient pas seulement à la pluviométrie mais à l'absence quasi totale de planification. Les canaux d'évacuation prévus dans les plans d'urbanisme des années 2000 n'ont souvent jamais été creusés, ou ont été obstrués par des constructions ultérieures. Les rares caniveaux existants se retrouvent rapidement saturés de déchets plastiques, faute de collecte régulière.
« On ne peut pas demander à une famille qui vit avec l'équivalent de deux repas par jour de financer elle-même le drainage de sa rue. C'est une responsabilité collective, et pour l'instant, elle n'est assumée par personne », déplore Abakar Moussa Ali.
Interrogé sur la question, un responsable du ministère de l'Urbanisme et de l'Habitat, qui a requis l'anonymat, reconnaît des « retards importants » dans l'exécution du plan directeur d'assainissement pluvial de la capitale, annoncé il y a plusieurs années. Un nouveau programme de curage des principaux collecteurs a bien été lancé au début de la saison sèche, mais les travaux n'ont couvert qu'une partie des zones concernées avant le retour des pluies.
Des solidarités de quartier en attendant
Faute de réponse institutionnelle suffisante, ce sont souvent les habitants eux-mêmes qui s'organisent. Dans le quartier de Diguel, une association de jeunes baptisée « Sauvons notre quartier » distribue des sacs de sable et aide au relogement temporaire des familles les plus touchées chez des voisins situés sur des terrains plus élevés.
- Curage partiel de trois collecteurs principaux engagé en juin
- Distribution de kits sanitaires par une ONG locale dans deux quartiers
- Recensement des ménages sinistrés en cours par les autorités de l'arrondissement
Au-delà des dégâts matériels, les autorités sanitaires du district s'inquiètent des risques indirects de ces inondations récurrentes : la stagnation prolongée de l'eau favorise la prolifération des moustiques et augmente le risque de paludisme, tandis que la promiscuité dans les logements de fortune installés chez des proches accroît celui des maladies diarrhéiques. Un centre de santé de quartier a déjà enregistré, ces deux dernières semaines, une hausse sensible des consultations pour des symptômes évocateurs, sans qu'un bilan épidémiologique complet n'ait encore été établi.
Fatimé Ngarmbatina, l'une des coordinatrices de l'association, estime toutefois que ces initiatives ne suffisent pas à traiter un problème structurel. « On répare les dégâts après coup, mais personne ne s'attaque à la racine : le manque de titres fonciers empêche les familles d'investir dans des maisons plus solides, et la ville continue de s'étendre sans plan cohérent », observe-t-elle.
En attendant une réponse plus large, Mariam Oumar espère simplement que le ciel se calmera avant que sa maison ne cède tout à fait. « On verra pour reconstruire en dur l'an prochain, si Dieu le veut et si on trouve l'argent », glisse-t-elle avant de retourner à son écopage.