LA NATION

Braconnage dans le sud-est : les gardes d'une réserve naturelle alertent sur une recrudescence des abattages d'éléphants

Enquête sur un phénomène que les autorités de la réserve peinent à endiguer, entre moyens limités et réseaux de trafic d'ivoire qui traversent plusieurs frontières.

CI
Publié le 28 août 2026 · 3 min de lecture
Une patrouille de gardes forestiers en mission de surveillance dans une réserve naturelle du sud-est du pays, en juillet 2026.

Depuis le début de l'année, les équipes de surveillance d'une réserve naturelle du sud-est du pays ont recensé neuf carcasses d'éléphants dépourvues de leurs défenses, un chiffre en nette hausse par rapport aux années précédentes. Selon plusieurs gardes forestiers interrogés sous couvert d'anonymat, ce regain de braconnage coïncide avec une baisse des effectifs de patrouille, faute de moyens suffisants pour couvrir l'ensemble du territoire protégé.

Une patrouille de gardes forestiers en mission de surveillance dans une réserve naturelle du sud-est du pays, en juillet 2026.

La réserve, qui s'étend sur plusieurs centaines de milliers d'hectares de savane et de forêt-galerie, abrite l'une des dernières populations importantes d'éléphants de savane du pays, estimée à quelques centaines d'individus. Sa taille et son relief accidenté rendent la surveillance particulièrement difficile, en particulier durant la saison des pluies, lorsque de nombreuses pistes deviennent impraticables aux véhicules et que les patrouilles doivent se faire à pied ou à moto.

Un trafic qui dépasse les frontières

Selon les informations recueillies auprès de plusieurs sources proches de l'administration de la réserve, l'ivoire prélevé ne resterait que rarement dans le pays : il transiterait le plus souvent par des intermédiaires locaux avant de rejoindre des réseaux régionaux plus vastes, actifs sur plusieurs pays voisins. Un responsable de la lutte anti-braconnage, qui a requis l'anonymat compte tenu de la sensibilité du sujet, évoque une chaîne « bien organisée, avec des complicités à plusieurs niveaux », sans vouloir en détailler davantage la structure par crainte de compromettre des enquêtes en cours.

« On n'arrête pas un réseau de trafic avec seulement des patrouilles à pied. Il faut du renseignement, de la coopération avec les zones voisines, et des moyens qu'on n'a tout simplement pas aujourd'hui », confie un garde forestier de la réserve.

Les gardes rencontrés décrivent des conditions de travail difficiles : véhicules vieillissants, ruptures fréquentes de carburant, et un effectif jugé insuffisant au regard de la superficie à couvrir. Plusieurs d'entre eux racontent avoir dû, à plusieurs reprises, abandonner une traque faute de moyen de communication radio fonctionnel, laissant filer des suspects repérés en flagrant délit de dépeçage.

Des pistes de renforcement à l'étude

Face à cette situation, l'administration de la réserve indique travailler à un projet de modernisation de ses capacités de surveillance, incluant l'installation de quelques caméras de détection dans les zones les plus exposées et la formation d'un nombre accru de gardes auxiliaires recrutés parmi les communautés riveraines, jugées mieux placées pour repérer les mouvements suspects. Ce projet reste toutefois conditionné à des financements extérieurs qui n'ont pas encore été formellement confirmés.

Pour les habitants des villages en périphérie de la réserve, la question dépasse la seule protection de la faune : plusieurs d'entre eux rappellent que les éléphants, en s'aventurant hors des limites protégées à la recherche de points d'eau, causent régulièrement des dégâts sur les cultures, un phénomène qui nourrit parfois une tolérance ambiguë à l'égard du braconnage, perçu par certains comme une régulation informelle plutôt qu'un crime. Une ambivalence que les défenseurs de la réserve jugent précisément essentielle à combattre, à coups de sensibilisation autant que de répression, s'ils veulent préserver ce qui reste de la population d'éléphants de la zone.

Sensibiliser plutôt que seulement réprimer

Consciente de cette ambivalence, l'administration de la réserve a lancé, en parallèle du renforcement annoncé des patrouilles, un programme de sensibilisation dans une dizaine de villages riverains, associant projections de films, visites scolaires guidées à l'intérieur de la réserve et discussions avec les chefs traditionnels sur les bénéfices économiques que peut représenter, à terme, un tourisme de vision animalière encore embryonnaire dans la région. L'objectif affiché est de faire percevoir la préservation des éléphants comme un intérêt collectif à long terme plutôt qu'une contrainte imposée de l'extérieur.

Reste que ce travail de longue haleine se heurte à l'urgence du moment : plusieurs responsables locaux estiment qu'un renforcement rapide et concret des moyens de patrouille, même modeste, aurait davantage d'effet immédiat sur le nombre d'abattages que des campagnes de sensibilisation dont les résultats ne se mesurent que sur plusieurs années. Une tension entre le temps long de la conservation et l'urgence des chiffres qui, pour l'instant, continue de peser sur chaque nouvelle carcasse retrouvée dans la réserve.

Commentaires · 0

Trier par : Les plus pertinents ▾
Connectez-vous pour réagir à cet article.

À lire également