LA NATION

Dans le Ouaddaï, les habitants tentent de fixer des dunes qui avancent chaque année un peu plus

Reportage à l'est du pays, où des comités villageois expérimentent des techniques simples pour ralentir l'avancée du sable sur les terres cultivables.

SB
Publié le 26 août 2026 · 4 min de lecture
Une haie de branchages destinée à freiner l'avancée du sable, dans un village de la région du Ouaddaï, en mars 2026.

À une vingtaine de kilomètres d'Abéché, le vieux Souleymane Brahim marche le long d'une haie de branchages plantée en arc de cercle devant son champ de mil. Il y a cinq ans, dit-il, cette même parcelle disparaissait un peu plus chaque saison sous une langue de sable venue d'une dune voisine. « Le sable ne demande pas la permission, il avance et il mange la terre », résume-t-il en tassant du pied la base d'un jeune tamarinier planté l'an dernier.

Une haie de branchages destinée à freiner l'avancée du sable, dans un village de la région du Ouaddaï, en mars 2026.

Le phénomène n'est pas propre à ce village. Dans plusieurs départements de la région du Ouaddaï, les comités de gestion des terroirs villageois signalent depuis une dizaine d'années un empiètement croissant des cordons dunaires sur les parcelles cultivées, en particulier lorsque le couvert végétal a été fragilisé par une coupe de bois trop intense ou par des années de sécheresse successives qui ont fait disparaître les herbes qui, autrefois, retenaient naturellement le sol.

Des techniques simples, un travail de longue haleine

Face à ce constat, plusieurs villages ont mis en place, avec l'appui d'une association locale de développement rural, des dispositifs de fixation des dunes qui ne demandent ni matériel coûteux ni financement extérieur important : haies de branchages disposées en quadrillage pour casser la vitesse du vent, plantation d'espèces locales résistantes comme le tamarinier ou l'acacia, et surtout mise en défens temporaire de certaines parcelles pour laisser la végétation herbacée se régénérer.

« On ne peut pas arrêter le vent, mais on peut lui compliquer la tâche », plaisante Fatimé Ngarmbatina, qui coordonne le comité féminin chargé de l'entretien des pépinières villageoises.

Le travail est long et ingrat : il faut parfois deux à trois saisons avant qu'une haie de branchages produise un effet visible, et les jeunes plants doivent être protégés du bétail en divagation, ce qui suppose une surveillance quasi quotidienne. Plusieurs comités ont institué des tours de garde, assurés à tour de rôle par les familles dont les champs sont les plus exposés, une organisation qui n'allait pas de soi dans des villages où le temps de travail agricole est déjà compté.

Des résultats encourageants mais fragiles

Dans les parcelles où les dispositifs ont deux ou trois ans d'existence, les cultivateurs rapportent une nette diminution de l'ensablement lors des tempêtes de sable de la saison sèche, et un début de reprise d'une végétation herbacée spontanée entre les haies. Des résultats jugés encourageants par les techniciens agricoles de passage dans la zone, qui appellent toutefois à la prudence : une seule tempête de sable particulièrement violente peut suffire à endommager des mois de travail si les haies n'ont pas encore atteint une densité suffisante.

La question du financement reste par ailleurs entière. Les pépinières villageoises fonctionnent pour l'instant sur la base du volontariat et de dons ponctuels de semences forestières, sans budget pérenne. Plusieurs responsables de comités espèrent que l'expérience, si elle continue à porter ses fruits, pourra être reproduite dans les villages voisins, à condition de trouver un soutien plus stable, notamment pour l'achat de grillage destiné à protéger les jeunes plants les plus vulnérables.

En attendant, à la tombée du jour, les enfants du village continuent d'arroser à la main, seau après seau, les rangées de jeunes arbres plantés en bordure des champs. Un geste modeste, répété inlassablement, qui résume à lui seul la manière dont ces communautés tentent, avec les moyens du bord, de gagner du temps sur l'avancée du sable.

Certains villages voisins, moins avancés dans la mise en place de ces dispositifs, ont commencé à solliciter les comités les plus expérimentés pour organiser des formations informelles, souvent réduites à une simple démonstration sur le terrain suivie de quelques échanges autour du thé. Cette diffusion horizontale, de village à village, plutôt que par une structure d'encadrement extérieure, correspond selon les techniciens agricoles de passage à un mode de transmission plus durable, car ancré dans des relations de confiance déjà existantes entre familles voisines.

Le vieux Souleymane Brahim, lui, ne se fait guère d'illusions sur la rapidité des résultats. Il se souvient d'un père qui plantait déjà des haies semblables de son vivant, sans que le sable ne cesse totalement d'avancer. Mais il veut croire que chaque génération, en ajoutant sa rangée d'arbres et sa portion de terre reconquise, laisse un peu moins de terrain au désert que celle qui l'a précédée : « On ne gagnera peut-être jamais complètement, mais si on arrête de se battre, on perd tout de suite. »

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