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Le lac Tchad a perdu près d'un tiers de sa surface active en dix ans, selon un nouveau rapport régional

Une étude conjointe de chercheurs du bassin conventionnel du lac Tchad tire la sonnette d'alarme sur l'accélération du recul des eaux et ses conséquences pour les communautés de pêcheurs et d'éleveurs.

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Publié le 26 août 2026 · 4 min de lecture
Des pirogues échouées sur un ancien lit du lac Tchad, près de Bol, en février 2026.

Présenté mardi à N'Djamena devant un parterre de chercheurs, d'agents des ministères de l'Environnement et de l'Élevage et de représentants d'organisations paysannes, un nouveau rapport régional dresse un constat préoccupant : la surface en eau libre du lac Tchad aurait reculé de près de 30 % au cours de la dernière décennie, un rythme nettement supérieur à celui observé dans les années 2000.

Des pirogues échouées sur un ancien lit du lac Tchad, près de Bol, en février 2026.

Conduite par une équipe de chercheurs du bassin conventionnel du lac Tchad, l'étude s'appuie sur le croisement d'images satellite prises sur vingt-cinq ans avec des relevés de terrain menés dans les provinces riveraines. Selon ses auteurs, la superficie en eau libre du lac, qui oscillait encore autour de 2 000 kilomètres carrés au début des années 2010, ne dépasserait plus aujourd'hui 1 450 kilomètres carrés en moyenne annuelle, avec de fortes variations saisonnières qui compliquent la vie des pêcheurs et des éleveurs installés sur ses rives.

Les chercheurs insistent sur la nécessité de distinguer le cycle naturel de crue et de décrue, connu de longue date par les riverains, de la tendance de fond observée depuis le début des relevés satellitaires. Or c'est précisément cette tendance de fond qui inquiète : même les meilleures années, celles où les pluies ont été abondantes sur l'ensemble du bassin, ne suffisent plus à ramener le lac à ses niveaux d'il y a une génération.

Une pression combinée du climat et des usages

Les auteurs du rapport écartent l'idée d'une cause unique. Le déficit pluviométrique enregistré sur plusieurs campagnes agricoles successives dans le bassin, conjugué à une évaporation accrue liée à la hausse des températures moyennes, explique une large part du phénomène. Mais les prélèvements pour l'irrigation, en constante augmentation autour du lac comme le long des rivières qui l'alimentent, notamment le Chari et le Logone, aggravent la situation dans les zones les plus exploitées.

« Le lac ne meurt pas d'une seule cause, il s'assèche par accumulation de petites pressions qui, mises bout à bout, finissent par changer tout l'équilibre du bassin », résume Abakar Moussa Ali, hydrologue associé à l'étude.

Pour les communautés qui vivent de la pêche et de l'élevage sur les rives du lac, ce recul se traduit très concrètement par des déplacements de campements, parfois de plusieurs dizaines de kilomètres, à la recherche de points d'eau permanents. Plusieurs associations de pêcheurs de la région du Lac rapportent une baisse sensible des prises depuis trois ans, et une compétition accrue pour l'accès aux meilleures zones de pêche, source de tensions locales que les autorités traditionnelles peinent parfois à apaiser sans appui extérieur.

Des pistes d'adaptation limitées

Le rapport appelle surtout à un renforcement de la coordination entre les pays qui partagent le bassin, tant les décisions prises en amont, sur les affluents, ont des répercussions directes sur le niveau du lac. Il recommande également un suivi hydrologique renforcé, jugé aujourd'hui insuffisant pour anticiper les périodes de sécheresse aiguë et adapter à temps les recommandations aux éleveurs transhumants.

Les auteurs se gardent toutefois de tout fatalisme : ils rappellent que le lac Tchad a déjà connu, par le passé, des phases de contraction suivies de reprises partielles, notamment à la faveur de cycles pluviométriques plus favorables. Mais ils insistent sur l'urgence d'agir avant que certains équilibres, en particulier autour des zones de pêche les plus fragiles, ne deviennent difficilement réversibles pour les dizaines de milliers de familles qui dépendent directement du lac.

Une instance régionale sous pression

Le rapport a été remis lors d'une session de l'instance régionale chargée de coordonner la gestion du bassin, réunissant des délégations des pays riverains. Plusieurs participants ont salué la qualité des données présentées tout en reconnaissant que les recommandations passées peinaient à se traduire en mesures concrètes sur le terrain, faute de financements dédiés et d'une réelle contrainte juridique pesant sur les prélèvements agricoles en amont. Un délégué a évoqué la nécessité d'un mécanisme de suivi plus contraignant, sans toutefois s'engager sur un calendrier précis.

Du côté des ministères tchadiens en charge de l'Environnement et de l'Élevage, on assure vouloir traduire certaines recommandations du rapport dans les prochains plans d'action régionaux, notamment sur la question des points d'eau pastoraux. Mais plusieurs représentants d'associations de pêcheurs, présents lors de la restitution, ont exprimé leur scepticisme, rappelant que des engagements similaires avaient déjà été pris par le passé sans effet visible sur leur quotidien, et réclamant un suivi plus régulier associant directement les communautés riveraines à l'évaluation des mesures mises en œuvre.

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