LA NATION

Une nouvelle bande d'arbres plantée au sud d'Am Timan pour freiner l'avancée du désert

Portée par un collectif de jeunes volontaires, une pépinière communautaire vise à planter plusieurs dizaines de milliers d'arbres le long d'un axe reliant plusieurs villages du Salamat.

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Publié le 26 août 2026 · 4 min de lecture
Un jeune volontaire arrose des plants d'acacia dans la pépinière communautaire d'Am Timan, en avril 2026.

Ils sont une trentaine, la plupart âgés de moins de vingt-cinq ans, à se relayer chaque matin avant la grosse chaleur pour arroser les rangées de jeunes acacias, neems et jujubiers alignés sur plus d'un hectare, en périphérie d'Am Timan. Baptisée « Ceinture verte du Salamat » par ses fondateurs, cette pépinière communautaire ambitionne de planter, sur trois ans, un cordon d'arbres reliant plusieurs villages exposés à l'avancée des sols nus.

Un jeune volontaire arrose des plants d'acacia dans la pépinière communautaire d'Am Timan, en avril 2026.

L'initiative est née d'un constat partagé par plusieurs jeunes originaires de la région, revenus s'installer après des études à N'Djamena : les récoltes de leurs familles diminuaient d'année en année, tandis que les points d'ombre naturels, autrefois nombreux le long des pistes, se raréfiaient. « On a grandi en voyant les grands arbres de notre enfance disparaître un par un, sans que personne ne les remplace », raconte Djimet Oumar Kadaï, l'un des cofondateurs du collectif.

Une pépinière gérée en autonomie

Le collectif a fait le choix de produire lui-même ses plants plutôt que de dépendre de fournisseurs extérieurs, afin de sélectionner des essences réellement adaptées aux sols sableux de la zone et de maîtriser les coûts. Les graines sont récoltées localement, germées sous des abris en paille tressée, puis repiquées en sachets avant d'être transplantées sur le terrain à l'arrivée des premières pluies, période jugée la plus favorable à la reprise des jeunes plants.

« Un arbre planté sans personne pour le suivre, c'est un arbre mort dans six mois. Le plus dur n'est pas de planter, c'est de continuer à arroser quand plus personne ne regarde », insiste Djimet Oumar Kadaï.

Un pari sur la durée

Pour assurer le suivi après plantation, le collectif a mis en place un système de parrainage : chaque famille volontaire s'engage à entretenir une portion du cordon vert proche de son champ, en échange d'un accès prioritaire aux jeunes plants pour ses propres besoins, notamment pour délimiter ses parcelles ou fournir de l'ombre à son bétail. Une manière de rendre l'entretien du cordon vert directement utile au quotidien des familles, plutôt que de reposer uniquement sur le bénévolat des fondateurs.

Les premiers résultats restent modestes à l'échelle du problème global de dégradation des sols dans la région, mais les responsables du collectif s'en tiennent à une ambition réaliste : ralentir localement l'avancée des zones dénudées, tout en formant une génération de jeunes aux techniques de pépinière et de reboisement. Plusieurs d'entre eux envisagent d'ailleurs de dupliquer l'expérience dans d'autres localités du Salamat si les financements, pour l'instant limités à quelques dons privés et à l'appui logistique d'une organisation locale, venaient à se renforcer.

En fin de journée, alors que le soleil décline sur les rangées encore basses de jeunes arbres, les volontaires notent dans un cahier commun le nombre de plants arrosés et ceux qui n'ont pas survécu à la journée. Un geste répété, presque rituel, qui traduit la conscience, partagée par tout le collectif, que la victoire contre l'avancée du désert se gagnera arbre par arbre, saison après saison.

Un modèle qui commence à essaimer

L'expérience du collectif a commencé à intéresser des groupes de jeunes d'autres localités du Salamat, venus observer la pépinière lors de visites organisées un samedi par mois. Deux d'entre eux ont depuis lancé leur propre petite pépinière, en s'appuyant directement sur les conseils pratiques transmis par l'équipe d'Am Timan, notamment sur le choix des essences et le calendrier de repiquage. Une forme de transmission de proche en proche que les fondateurs du projet jugent plus durable qu'une diffusion pilotée depuis l'extérieur.

Les autorités locales, de leur côté, observent le développement du projet avec bienveillance, sans pour l'instant y consacrer de budget dédié. Un responsable du service départemental de l'environnement, sollicité lors d'une visite de terrain, a toutefois évoqué la possibilité d'intégrer certaines parcelles reboisées par le collectif dans un futur inventaire des actions locales de lutte contre la dégradation des terres, une reconnaissance qui pourrait faciliter l'accès à des appuis techniques ou financiers plus substantiels à l'avenir.

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