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Diplômés sans emploi : la bombe à retardement que personne ne veut regarder en face

Chaque année, des milliers de jeunes tchadiens sortent diplômés sans perspective d'embauche. Une tribune sur l'urgence de réconcilier formation et marché du travail.

TR
Publié le 26 août 2026 · 3 min de lecture
Des étudiants consultent les résultats d'examens affichés à l'université de N'Djamena, en juillet 2026.

Devant les grilles de l'université de N'Djamena, en cette période de résultats d'examens, la scène est devenue rituelle : des groupes de jeunes diplômés en droit, en gestion ou en lettres modernes, papiers en main, comparent leurs chances sur un marché du travail qui ne les attend pas. Beaucoup d'entre eux savent déjà, avant même d'avoir obtenu leur diplôme, qu'ils rejoindront les rangs de ce qu'on appelle pudiquement le « sous-emploi » : petits commerces de fortune, motos-taxis, débrouille informelle, très loin du métier pour lequel ils ont étudié parfois pendant cinq ou six ans.

Des étudiants consultent les résultats d'examens affichés à l'université de N'Djamena, en juillet 2026.

Le problème n'est pas seulement conjoncturel, il est structurel. Les filières universitaires les plus fréquentées — droit, sciences économiques, lettres — continuent de produire, année après année, davantage de diplômés que l'administration publique et le secteur privé formel ne peuvent en absorber. À l'inverse, des filières techniques et professionnelles, pourtant identifiées depuis longtemps comme porteuses — maintenance industrielle, énergie solaire, agroalimentaire — restent boudées, faute d'orientation claire et parfois faute de considération sociale suffisante.

Un divorce entre l'école et le marché

Ce divorce entre la carte des formations et la réalité du marché du travail n'est un secret pour personne dans les cercles universitaires. Il est régulièrement documenté, régulièrement déploré dans des colloques, et pourtant rarement corrigé dans les faits. Les raisons en sont connues : ouvrir de nouvelles filières techniques coûte cher, en équipements comme en enseignants qualifiés, quand ouvrir un nouvel amphithéâtre de sciences économiques ne demande, dans le pire des cas, que des chaises supplémentaires.

« On nous a dit que le droit ouvrait toutes les portes. Trois ans après ma licence, je vends des recharges téléphoniques au rond-point », raconte un jeune diplômé rencontré à N'Djamena, sous couvert d'anonymat.

Cette situation a des effets qui dépassent la seule frustration individuelle. Des familles s'endettent parfois lourdement pour financer plusieurs années d'études supérieures à un enfant, dans l'espoir légitime d'un retour sur cet investissement sous la forme d'un emploi stable. Quand ce retour n'arrive pas, c'est tout un équilibre économique familial qui vacille, et c'est aussi un rapport de confiance envers l'école qui s'érode. Plusieurs enseignants du secondaire racontent voir de plus en plus d'élèves brillants renoncer d'eux-mêmes à des études longues, préférant se lancer directement dans le petit commerce ou l'artisanat, jugés plus sûrs à court terme qu'un diplôme dont l'utilité leur semble incertaine.

Certaines universités de province tentent malgré tout d'ajuster leur offre, avec des moyens réduits. Un établissement de Sarh a ouvert récemment une filière courte de maintenance des équipements solaires, en partenariat avec un centre de formation professionnelle local, misant sur la demande croissante que suscite la multiplication des kits et mini-réseaux photovoltaïques dans la région. Les premières promotions, encore peu nombreuses, rapportent des taux d'insertion nettement supérieurs à ceux observés dans les filières générales — un signal encourageant, mais encore trop isolé pour inverser à lui seul la tendance nationale.

Il serait injuste de faire porter la responsabilité de cette situation aux seuls jeunes qui, à dix-huit ans, choisissent une filière sur la base de l'information — souvent incomplète — dont ils disposent. La responsabilité est collective : celle des familles qui valorisent certains diplômes plus que d'autres, celle des établissements qui n'ajustent pas assez vite leur offre, et celle des pouvoirs publics qui n'ont pas construit de passerelle solide entre formation et emploi.

Sortir de l'incantation

Rien ne serait pire que de continuer à traiter ce sujet comme une fatalité démographique. Chaque cohorte de diplômés sans perspective est aussi une génération de compétences perdues, de talents redirigés vers l'informel ou vers l'exil. Le pays n'a pas les moyens de gaspiller ainsi sa jeunesse la plus formée.

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