LA NATION

Le grenier du lac Tchad ne doit pas devenir un souvenir

Entre recul des eaux et dérèglement des saisons, les paysans du pourtour lacustre tirent la sonnette d'alarme. Il est encore temps d'agir, à condition de changer de méthode.

TR
Publié le 26 août 2026 · 3 min de lecture
Un champ de décrue en bordure du lac Tchad, près de Bol, en janvier 2026.

Il y a une génération, la bordure du lac Tchad nourrissait sans peine les marchés de N'Djamena, de Bol et bien au-delà. Le blé de décrue, le maïs, le poisson séché des pêcheurs de Bagasola circulaient jusque dans l'Est du pays. Aujourd'hui, à chaque saison sèche, la même question revient dans les villages du Lac : est-ce que la parcelle familiale sera encore cultivable l'an prochain ? Le recul du plan d'eau, la salinisation progressive de certaines terres et l'irrégularité de plus en plus marquée des pluies ont transformé une agriculture autrefois prévisible en un pari renouvelé chaque année.

Un champ de décrue en bordure du lac Tchad, près de Bol, en janvier 2026.

Les chiffres qui circulent dans les réunions de coordination humanitaire donnent le vertige, même en restant prudent sur leur précision : des dizaines de milliers de familles rurales de la région du Lac et du Kanem vivraient aujourd'hui sous la menace d'une insécurité alimentaire saisonnière. Ce n'est pas une fatalité climatique abstraite : c'est une accumulation de décisions, ou d'absences de décisions, qui ont laissé les producteurs seuls face à un environnement qui change plus vite que leurs pratiques.

Une agriculture qui n'a pas eu le temps de s'adapter

Le paradoxe, c'est que les solutions techniques existent, et qu'elles ne sont pas toutes coûteuses. Des variétés de sorgho et de niébé plus résistantes à la sécheresse ont déjà fait leurs preuves dans des parcelles pilotes autour de Mao. Des techniques simples de récupération des eaux de pluie, comme les demi-lunes ou les diguettes en courbes de niveau, permettent de doubler certains rendements sans machine ni engrais coûteux. Mais ces innovations restent cantonnées à quelques villages touchés par des projets ponctuels, financés pour trois ans, puis abandonnés dès que le bailleur change de priorité.

« On nous forme, on nous équipe, puis le projet s'arrête et on se retrouve seuls avec des outils qu'on ne sait plus entretenir », témoigne une responsable d'un groupement féminin de maraîchage près de Bol.

Dans un village situé à une heure de piste de Bol, un petit périmètre maraîcher financé par un programme international avait ainsi permis, pendant trois campagnes, de cultiver oignons et tomates presque toute l'année grâce à un système de pompage solaire. Le projet s'est achevé sans qu'aucun relais local n'ait été formé à la réparation de la pompe. Six mois après le dernier passage des techniciens, une simple panne de vanne a suffi à immobiliser l'ensemble du périmètre, faute de pièce de rechange disponible à moins de deux jours de route. Les femmes du groupement sont revenues, la saison suivante, aux cultures pluviales traditionnelles, avec des rendements bien inférieurs à ceux qu'elles avaient connus le temps du projet.

C'est là, à mon sens, le vrai problème : non pas l'absence de solutions, mais l'absence de continuité. Une politique agricole face au changement climatique ne se construit pas en cycles de projets de deux ou trois ans. Elle exige un service public agricole présent en permanence, des agents de vulgarisation formés et stables, des semences améliorées disponibles chaque saison et pas seulement l'année du lancement d'un programme.

Ce qui devrait changer dès la prochaine campagne

Le lac Tchad reste un atout considérable pour la sécurité alimentaire du pays, à condition de ne plus le traiter comme une ressource inépuisable ni comme un problème réglé par des distributions d'urgence. Ce qui se joue aujourd'hui dans les villages du Kanem et du Lac n'est pas seulement une question agricole : c'est la question de savoir si le pays choisit d'anticiper ou de continuer à réagir, saison après saison, à une crise annoncée depuis longtemps.

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Abakar Abbas · il y a 19 j

dvv

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