LA NATION

La gomme arabique, l'or blond qui redore l'économie rurale du Ouaddaï

Portée par une demande internationale soutenue, la production de gomme arabique connaît un regain d'intérêt dans plusieurs localités de l'est du pays, où elle redevient une source de revenus non négligeable pour les ménages ruraux.

PA
Publié le 26 août 2026 · 3 min de lecture
Récolte de gomme arabique sur un acacia, dans un village de la région du Ouaddaï.

Dans les zones d'acacias qui bordent plusieurs villages de la région du Ouaddaï, la récolte de gomme arabique a repris un rythme que les anciens du village disent ne plus avoir connu depuis longtemps. Ce résidu translucide, qui suinte naturellement de l'écorce incisée des arbres, était pourtant tombé en désuétude ces dernières années auprès de bien des producteurs, découragés par des prix jugés trop bas au regard de l'effort de collecte que demande cette activité, souvent réalisée à pied, arbre après arbre, dans une chaleur parfois écrasante.

Récolte de gomme arabique sur un acacia, dans un village de la région du Ouaddaï.

Le regain d'intérêt actuel tient largement à l'évolution de la demande internationale, portée par des industries agroalimentaires et cosmétiques qui utilisent cette gomme comme épaississant ou stabilisant naturel dans de nombreux produits. Cette demande soutenue a permis une remontée progressive des prix payés aux producteurs, incitant plusieurs familles à reprendre une activité de collecte parfois laissée à l'abandon depuis plusieurs saisons, faute de rentabilité suffisante.

Un revenu d'appoint qui redevient central

Pour de nombreux ménages ruraux de la région, la gomme arabique occupe une place particulière dans le calendrier économique : sa récolte intervient à une période de l'année où les travaux agricoles proprement dits marquent une pause, ce qui en fait un complément de revenu précieux plutôt qu'une activité concurrente des cultures vivrières. Plusieurs producteurs racontent avoir pu, grâce aux recettes de la dernière saison, financer l'achat de semences améliorées pour leurs propres champs, ou couvrir des frais de scolarité qui pesaient lourd sur le budget familial.

« Cette année, la gomme nous a permis de payer les fournitures scolaires des enfants sans avoir à vendre une partie de notre bétail comme d'habitude. C'est la première fois depuis longtemps que ça arrive », raconte une productrice d'un village situé à une soixantaine de kilomètres d'Abéché.

Cette embellie profite en particulier aux femmes, largement impliquées dans la collecte et le tri de la gomme, une activité traditionnellement moins réservée aux hommes que les grandes cultures céréalières. Plusieurs groupements féminins se sont constitués localement pour mutualiser le transport de la production vers les points de collecte, réduisant ainsi les coûts logistiques individuels et renforçant leur capacité de négociation face aux acheteurs, qui avaient auparavant tendance à profiter de la dispersion des petits producteurs pour imposer leurs prix.

Une filière encore fragile face aux aléas

Malgré cette dynamique positive, plusieurs acteurs de la filière appellent à la prudence. La production de gomme arabique reste très sensible aux conditions climatiques : une saison des pluies trop faible ou, à l'inverse, des précipitations trop abondantes au mauvais moment peuvent réduire sensiblement le rendement des arbres. Par ailleurs, la filière reste largement informelle sur le plan de la transformation et du conditionnement, ce qui limite la capacité des producteurs locaux à capter une plus grande part de la valeur ajoutée, la majeure partie de la transformation se faisant hors du pays.

Des voix s'élèvent, notamment au sein d'associations de producteurs, pour réclamer un accompagnement plus structuré de la filière : appui technique pour améliorer les techniques de récolte sans épuiser les arbres, aide à la certification de la production pour accéder à des marchés internationaux plus rémunérateurs, ou encore soutien à l'installation de petites unités locales de tri et de conditionnement. En attendant que ces projets se concrétisent, la gomme arabique continue, saison après saison, de jouer son rôle discret mais bien réel de filet de sécurité économique pour de nombreuses familles rurales du Ouaddaï.

PA
Pierre Allard
Politologue

Commentaires · 0

Trier par : Les plus pertinents ▾
Connectez-vous pour réagir à cet article.

À lire également