Un nouveau périmètre irrigué le long du Logone doit sécuriser les récoltes de riz de plusieurs villages
Financé en partie par une coopérative agricole régionale, le projet doit permettre à près de deux mille exploitants de cultiver en saison sèche, dans une zone jusqu'ici entièrement dépendante des pluies.
Sur la rive tchadienne du Logone, à quelques kilomètres de Bongor, des pelleteuses creusent depuis plusieurs semaines un réseau de canaux secondaires destinés à irriguer près de 400 hectares de rizières. Le chantier, porté par une coopérative agricole régionale en partenariat avec les autorités locales, doit permettre à environ deux mille exploitants de cultiver du riz en saison sèche, une culture jusqu'ici presque entièrement suspendue à l'arrivée des pluies.
Le principe retenu est celui d'un pompage direct dans le Logone, dont le débit reste suffisant même en période de basses eaux, redistribué ensuite par gravité dans un réseau de canaux en terre stabilisée. Une solution jugée plus abordable que les grands périmètres irrigués construits par le passé ailleurs dans le pays, mais qui suppose un entretien régulier des canaux pour éviter leur envasement, en particulier après les crues.
Deux récoltes par an plutôt qu'une
Pour les exploitants concernés, le changement attendu est de taille : jusqu'à présent limités à une seule récolte annuelle de riz pluvial, aléatoire selon la répartition des pluies, ils espèrent pouvoir en obtenir deux, en ajoutant une culture de contre-saison irriguée. « Une mauvaise pluviométrie ne ruinera plus toute notre année », résume Mahamat Nour Idriss, président d'un groupement de producteurs de la zone, qui a participé aux réunions de préparation du projet.
« On a longtemps regardé l'eau du fleuve couler sans pouvoir s'en servir pour les champs. Ce chantier, c'est la première fois qu'on la fait vraiment travailler pour nous », affirme Mahamat Nour Idriss.
La coopérative a également prévu un volet formation, destiné à familiariser les producteurs avec les techniques de riziculture irriguée, sensiblement différentes de la riziculture pluviale pratiquée jusqu'ici : gestion des lames d'eau, calendrier de semis plus strict, et surtout organisation collective du tour d'eau entre parcelles, un exercice délicat dans des zones où les conflits d'usage autour de l'eau ne sont pas rares.
Des inquiétudes autour de l'entretien
Plusieurs producteurs, tout en saluant le projet, s'inquiètent déjà de sa pérennité. Les périmètres irrigués construits ailleurs dans la région par le passé ont parfois périclité faute d'entretien des canaux ou de pièces de rechange pour les pompes, une fois le chantier initial achevé et les équipes techniques reparties. La coopérative assure avoir prévu un fonds d'entretien alimenté par une cotisation modeste des exploitants bénéficiaires, mais reconnaît que sa collecte effective dépendra largement de la réussite des premières récoltes.
Les responsables du projet espèrent une mise en eau complète du périmètre avant la prochaine saison sèche, avec une première campagne test sur une portion réduite des terres aménagées. Si les rendements confirment les projections agronomiques avancées, plusieurs villages voisins, non concernés par la première phase du chantier, ont déjà fait savoir leur intérêt pour une extension future du réseau de canaux le long du fleuve.
En attendant, sur les parcelles encore en chantier, les femmes du village profitent des tranchées à moitié creusées pour y planter, en bordure, quelques rangs de gombo et d'oseille de Guinée, cultures maraîchères de contre-saison qui ne demandent que peu d'eau. Une manière, disent-elles en riant, de « réserver leur place » avant l'arrivée officielle de l'irrigation.
Un modèle regardé de près par les villages voisins
Au-delà des retombées agronomiques attendues, les responsables de la coopérative espèrent que le projet aura aussi un effet d'entraînement économique sur toute la zone : création de petits emplois de gardiennage et d'entretien des canaux, développement d'un marché local de location de matériel de battage du riz, et, à plus long terme, l'installation d'une petite unité de décorticage qui éviterait aux producteurs de transporter leurs sacs de paddy jusqu'à Bongor pour les faire transformer.
Un volet formation complémentaire, animé par des techniciens agricoles de la coopérative, doit par ailleurs accompagner les producteurs sur la gestion financière de leur nouvelle production : beaucoup n'ont jamais eu à planifier deux campagnes de vente dans la même année, ni à négocier avec des acheteurs sur un marché où le riz de contre-saison pourrait, une fois les rendements confirmés, concurrencer certaines importations vendues sur les marchés de la capitale.